Le monde va beaucoup trop vite et certains ont commencé à s’en rendre compte. Depuis quelques années déjà, des hurluberlus plaident pour un « slow down » de la société en général. La course à l’information, la sur-connexion, le stress des métropoles, il était temps que cela cesse. Un mouvement est né pour mettre le holà à cette quête effrénée de l’absolu : la Slow Life. Incompatible avec la Street Food ? Certainement pas ! Ces deux courants sont des militants du goût avant tout.

Illustration : Omas


Il est tellement difficile aujourd’hui d’être déconnecté, ne serait-ce que le temps d’un repas. Depuis dix ans, les téléphones portables ont envahi tables de restaurants et cafés, vibrant, sonnant, clignotant au milieu d’un repas, tintamarre strident qui gâche une dégustation. La télévision, les ordinateurs aussi parasitent notre perception du monde et de nous-mêmes. La Slow Life veut mettre fin à cela.

C’est dans cette optique que Jean-Louis Servan-Schreiber, auteur de Trop Vite et rédacteur-en-chef du magazine CLES, prône la reconnexion avec les fondamentaux de la vie et même avec une certaine philosophie de la patience salvatrice. La quête de la vitesse grandissante depuis près de 2 siècles a conduit l’humanité à un rythme de vie stressant où les plaisirs de la vie ont perdu leur saveur.

Véritable épicurisme, cette philosophie de vie n’est rien d’autre qu’une ode au « Carpe Diem », dans le sens où vous profitez pleinement de l’instant et des éléments qui sont à la portée de votre perception. Coupez-vous des exigences superflues de la société moderne et mettez vos cinq sens à contribution pour prendre conscience de votre horloge interne à nouveau.

Alors imaginez, le temps d’un repas, que votre attention soit entièrement dédiée à l’écoute de votre corps, de votre environnement et des sensations qui vous parcourent lors d’une dégustation. Vous voilà dans un état d’esprit « Slow Food ». Dans certains restaurants, téléphone portables, ordinateurs et musique sont prohibés. Si vous êtes pressé, vous n’êtes pas au bon endroit. Certains hôtels de Sicile et des restaurants se mettent à l’heure du Slow. A l’heure où la technologie prend le pas sur l’homme, il est bon de se replonger dans un certain humanisme. Servan-Schreiber le rappelait lors de son speech au TEDx Paris, conférence sur la technologie, l’entertainment et le design :

-

« Après la course à la vitesse, nous voici arrivés dans l’ère de l’accélération ».

-

Dès lors qu’il se perçoit comme un moyen et non comme une fin, l’homme est aliéné. La Slow Life est donc un appel à la raison, à la mesure et au sensualisme à travers sa variante de la Slow Food.

Depuis quand n’avez-vous pas réellement fait attention à ce que vous savourez ? Sans le souci de garder un oeil sur une loupiote qui clignote, de twitter une photo de votre assiette ou de répondre à un mail pressant ? Le mal de l’homme hypermoderne réside bien dans la faculté à se concentrer sur une unique tâche, et par là même, sur ce que son corps réclame. Alors, évacuez le stress pour une heure ou deux dans un restaurant ou dans un hôtel Slow Food avant de replonger dans la marmite bouillante du monde.

Mais l’intérêt de la Slow Food pour le Fricotin street-gourmet n’est pas tant au niveau du respect du rituel culinaire que du retour au goût ! Cela tombe bien puisque c’est ce dernier point qui est à l’origine du mouvement du même nom. Face à une standardisation gustative imposée par les impératifs du combo hygiène-instantané-transportable de nos chères chaînes de restauration rapide, ces fidèles mettent un point d’honneur à réintroduire dans leurs assiettes les produits atypiques du terroir et autres végétaux oubliés. La Slow Food, inévitablement bio, devient alors une quête gustative pour l’émerveillement des sens.

Illustration : Omas