Avec déjà deux carnets centrés sur du design figé, varions les plaisirs et passons à ce qui se fait dans le monde de la vidéo et en particulier autour de la tendance de la « slow-mo », comprenez slow motion ou vidéo au ralenti…

Cette année la grande « révolution » dans la vidéo s’est faite avec la prise en compte des appareils photo comme outils de captation vidéo accessibles. Dorénavant quasi-tous les appareils reflex permettent de filmer en HD en profitant des nombreuses optiques photo existantes et offrent des résultats rivalisant avec les caméras du marché (On pense notamment au Canon 5D Mk II, la star des reflex numériques permettant de faire de la vidéo, qui a servi à tourner Rubber de Quentin Dupieux a.k.a Mr Oizo).  Les méthodes de captation ont donc naturellement évolué avec le nouveau regard des photographes. Outre les divers stop-motions qui ont fait la joie des publicitaires et autres vidéastes à petit budget, le procédé du time-lapse s’est fortement développé cette année. Ce procédé qui consiste à capter un plan fixe à intervalles réguliers pour constituer une vidéo accélérée d’un mouvement lent est devenu l’incontournable de la vidéo de paysages.

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Si le concept n’a, certes, rien de révolutionnaire ou de nouveau, son adoption unanime reflète un désir de distorsion du temps indéniable de la part du spectateur comme du vidéaste. Le time-lapse permet la perception du vieillissement des choses (le plan fixe garantissant que la modification ne provient que du sujet en lui-même et non d’un changement de prise de vue) et peut être vu comme un besoin humain nouveau de visualiser de manière immédiate des processus de long terme…

Naturellement, comment ne pas penser alors au dernier, et ô combien acclamé, sci-fi thriller de Christopher Nolan : Inception? Tourné partiellement avec des cameras  »super-high-speed Photo-Sonics » (captation à 1500 images/secondes au lieu de 24), l’intrigue d’Inception repose autant sur l’idée du rêve que celle d’espaces temporels parallèles. Toujours dans une volonté d’observer des résultats quasi-immédiats pour une action supposée longue, le héros s’insère donc dans les rêves pour faire mûrir une idée en accéléré.

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Dans ce cas de figure, le film développe un fantasme de contrôle volontaire du temps pour la réalisation accélérée d’opérations de long terme. On peut y voir une représentation d’un Homme, conscient de la dangerosité d’un monde basé sur le court-termisme, qui essaie de bouleverser le système en le détournant avec pour idée maîtresse : « faire gagner du temps » aux cycles longs…

Face à ce désir d’immédiateté pour les processus de long terme, les humains paradoxaux que nous sommes prennent progressivement conscience qu’il pourrait tout simplement s’agir d’un problème de vitesse de nos rythmes de vie par rapport à une lenteur du cycle de vie terrestre.

Si l’ultra-slow-motion est à la mode c’est parce que nous sommes en train de vivre la période de descente de notre trip au speed… Nous avons voulu tout accélérer, prévoir, prédire et commençons à perdre les pédales et regretter une période où nous pouvions prendre le temps d’apprécier les choses. Toute cette précipitation, devenue nécessaire puisqu’encouragée de tous bords, ne nous convient plus.

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Et si nous changions de paradigme ? De « Time is Money » à « Luxury is Time », il n’y a qu’un pas…

Aujourd’hui le luxe n’est plus aussi facilement déterminable… Avec Karl qui passe de la New Modesty au Mass Elitism comme si de rien n’était et les asiatiques qui commencent à se lasser du luxe bling-bling, les repères commencent à se brouiller.

Et si le luxe c’était d’avoir le temps ?

Peut-être bien…

YSL nous livre son septième Manifesto avec la somptueuse Daria Werbowy qui descend au ralenti un escalier pour présenter la collection automne-hiver 2010/2011 de la maison de couture :

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On se rappelle également l’excellente initiative Le Figaro Madame x Dior Joaillerie de l’automne 2009, un peu passée inaperçue comparée à son incroyable potentiel… Ce more.madame proposait une expérience web inédite dans un esprit web-magazine. Avec sa série mode en fresque mouvante à un rythme lent quasi-irréel, cette web-experience fixe de nouvelles possibilités en termes de publicité mode & luxe.

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Les créatifs ne s’y trompent pas… un temps mort c’est toujours mieux qu’un rush ! Leurs créations nous invitent donc de plus en plus à nous réserver des pauses plus ou moins contemplatives (souvenez-vous le clip/tableau de Kanye West) pour ne pas nous dégouter de notre train de vie…