Fort d’une expertise musicale dont personne ne doute, nos cousins (éloignés) blogueurs du site Christwire.org, se sont penchés avec force rigueur sur la définition du dubstep. En résulte un concept qui résume somme toute assez bien la nature de ce type de musique :

« Dubstep is very similar to trance music, where those who dance must first take hits of Happy-Pappy, a crude blend of Columbian drugs like coked ecstasy and LSD, and then do Satanic wiggling motions on a dance floor area with other drug-loving afficianados. »

 

C’était prévisible. On imagine assez volontiers que les branchés du Christ puissent ne pas forcément adhérer à ce genre de célébrations musicales. Ceci dit, j’ai encore des réminiscences de la réception plutôt froide (ça tendait même à l’hostilité) de mon entourage après quelques vaines tentatives de partage des wooooodubadubawoo si distinctifs du genre que j’affectionne.

C’était aux alentours de 2007, et depuis, tel Frodon sur la route du Mordor, on a fait un bout de chemin les amis.

On vit quand même une époque où Weetabix UK s’offre le luxe de faire la promotion de ses céréales pour enfants sur le morceau ‘’A New World’’ de Mord Fustang. Alors okay, on a affaire à du dubstep édulcoré dans un pays qui n’en est pas à une excentricité près, il n’en demeure pas moins que la touche hargneuse du dubstep est palpable quand on voit cette gamine et ses bons potes les nounours se livrer à une chorégraphie qui ferait pâlir les plus hardcore d’entre nous.

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Mais reprenons, si vous le voulez bien, par le début de l’histoire.

Pour tous les ermites qui depuis le début de cet article se demandent ce dont je parle, le dubstep est un style musical né dans la banlieue sud londonienne à la toute fin des années 1990, sorte d’hybride entre le two-step garage, le grime, et le beat plus dark de la drum and bass. Pour la catégorie d’ermite qui n’aurait encore rien compris, il s’agit d’un savant mélange de basses dominantes, de percussions, de samples, et parfois de voix, sur un beat généralement entre 138 et 142 bpm. Quant à ceux qui voudraient en savoir plus, je vous recommande chaudement le brillant Bassweight, qui retrace les premiers pas du phénomène à travers les témoignages de ses fondateurs.

Au-delà de la dimension historique, et « technique », le dubstep se caractérise par la manière dont il utilise une forme violente d’expression. Alors que de nombreux genres musicaux comme le rap ou le métal jouent avec un contenu violent, c’est la forme qui prime dans le cas du dubstep. La musique elle-même est composée pour synthétiser la violence. Bien souvent pour  l’auditoire moyen, plus brutal et viscéral est le son, meilleur il est.

En voici la preuve, avec un morceau furieux du compère Ry Legit et un florilège de commentaires trouvés sur youtube au sujet de morceaux dubstep :

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« This is dirtier than being stuck in a sperm bank for 2 weeks, with nothing to drink »

« So my mom just told me to lower the volume.. I BACK HANDED THAT BITCH! »

« When that drop hit, Batman suddenly burst through my window and punched my cat in the face. RIGHT IN THE FACE. »

Entre son apparition à l’aube des années 2000 et 2006-2007, qui au-delà d’être la période de ma découverte est aussi un vrai virage à une échelle plus globale, le dubstep demeure un genre prisé par les ‘’hoodies’’ britanniques, et moqué par le monde. On lui reproche son manque de variété, et une composition pauvre qui se rattrape uniquement en satisfaisant l’appétit pour les basses d’une bande de mecs vénères élevés au houblon. Le dubstep à l’époque, on considère que c’est un son inventé par des bourrins non éduqués, pour des cousins (consanguins, forcément), pas plus subtils. Moi qui ai toujours fait valoir ma finesse, ma crédibilité a pris un sale coup à l’époque.

Il faut donc attendre 2007 et (entre autres) le Messie Britney Spears pour répandre la bonne parole, et que le monde découvre et accepte le dubstep. Dans le morceau Freakshow, celle-ci décide d’avoir recours aux ficelles du genre pour obtenir la touche un peu badass sur laquelle elle surfe actuellement (à noter, sa collaboration avec Rusko, superstar du dubstep britannique).

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A partir de ce jour, le dubstep devient global. Comme de coutume, le phénomène prend sa véritable ampleur dés lors que les Etats-Unis récupèrent le bébé, grâce à des talents comme Starkey et FaltyDL. Ces nouvelles figures dans le milieu ne se contentent pas d’importer un style, mais contribuent aussi à le diversifier, en produisant un son moins dark, et en y injectant une certaine dose de New York Garage et de Hip-Hop.

Trendy et international, il semblerait donc que ce soit la nouvelle étiquette du dubstep. Et quand on regarde le clip Music Runs Ellie,  réalisé par AKQA et The Cartel pour Nike+, cela ne fait plus l’ombre d’un doute. La marque, dont le positionnement cool n’est plus à démontrer, s’est associée à la star pop britannique Ellie Goulding et au producteur dubstep Jakwob pour nous délivrer une vidéo à la réalisation léchée qui nous fait parcourir les villes les plus hype de la planète avec travers les footings et autres concerts de la starlette.

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En parallèle, et nous en avions parlé ici, même les pionniers dubstep décident de donner une nouvelle couleur à leur art, et se mettent à produire des morceaux beaucoup plus aériens, et accessibles à un public pour qui non, une cave n’est pas ‘’un peu comme le showcase mais avec moins de lumière’’. Ainsi, les compagnons Benga, Skream et Artwork s’unissent sous le nom de Magnetic Man pour produire un beat beaucoup plus léger, aérien et mélodieux, mais qui leur vaut l’opprobre des fans de la première heure.

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Aujourd’hui, il y en a pour tous les goûts, et l’influence du dubstep est perceptible dans bien d’autres styles musicaux, de la pop (Brit-brit), en passant par le Hip-Hop (Dope D.O.D) jusqu’au metal (Korn). D’ailleurs, des mecs avec une caution aussi importante que Busy P se mettent à nous faire des sets dubstep, y compris dans des festivals grand publics, et c’est vraiment le signe qu’on tient le bon bout.

Je n’irai pas jusqu’à dire qu’il est de bon ton de claquer des grosses basses qui tachent dans des soirées qui se veulent civilisées, mais comme bien souvent, il aura fallu qu’une bande de mecs (sympas) cinglés poussent à fond un concept hérétique pour que le mainstream se rende compte de son potentiel.

De là à affirmer que le dubstep va suivre le chemin du hip hop et accéder au sacro-saint mainstream, il y a un pas que je ne saurais franchir. La base qui a porté le mouvement vers ce qu’il est aujourd’hui ne se reconnaît plus du tout  dans ce qu’il est devenu.  Je suis assez convaincu que les adhérents de la dernière heure n’y voient qu’un moyen passager de s’encanailler dans une société au sein de laquelle la « violence-spectacle » s’est faite une place importante. Dès que les hippies ressortiront de leur hutte en terre cuite, le dubstep retournera dans les caves.