Comme tout blog qui se respecte, Les Archivistes se doit de faire son article dédié à ce jeu toujours un peu réducteur et sans nuance du « Top 2010 ». Le notre se limite à 15 albums, ce qui a pour conséquence d’exclure pleins de bons disques mais qui évite de trop s’épancher…Prenez bien en compte que cette liste n’est aucunement coulée dans le béton et que, même si j’ai tendance à trainer mon oreille un peu partout, il est fort possible que je sois passé à côté de quelque chose de fondamental cette année. Tout commentaire ayant pour but de rectifier le tir afin d’étoffer cette liste ou de s’y opposer est donc le bienvenu…

ATTENTION : Je n’ai pas trié par ordre de préférence, les albums sont classés aléatoirement.

-Black Keys – Brothers : Après un crochet plutôt réussi dans l’univers du rap avec leur projet Blakroc, les Black Keys reviennent avec un excellent album dans la lignée de leur précédent succès « Attack & Release » de 2008. Ces deux gros nounours qui ressemblent à votre oncle syndiqué (ou à votre prof de géo au collège, au choix) arrivent à allier blues-rock plutôt crasseux et ambiance psychédélique dans un tout cohérent que Danger Mouse (moitié de Gnarls Barkley) s’est chargé de mettre en forme. Comme en témoignent les vidéos qui accompagnent leurs deux premiers singles (« Tighten Up », « Next Girl »), le groupe a opté pour une certaine décontraction qui donne à leur blues-rock un côté débraillé et relâché pas désagréable. Suite logique des événements, ils collectionnent actuellement les récompenses de fin d’année, au compteur : 4 nominations aux Grammy (Meilleur Album Alternative, Meilleure morceau rock, meilleur performance rock et meilleur instrumental) et un MTV Vidéo Music Award FAIL A écouter en priorité : « Everlasting Light », « Howlin’ For You », « Ten Cent Pistols » et “Tighten Up”

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- The Roots – How I Get Over : Cela fait maintenant plus de 15 ans que les Roots nous sortent, environ tous les 2 ans, un album toujours soigné mais avec certains crus plus réussis que d’autres. Bonne nouvelle, en 2010 la récolte a été bonne ! Le groupe a cette étonnante capacité à conserver leur signature sonore sans pour autant laisser l’impression de ressasser la même rengaine, plus mature et plus soul que leur précédent effort « Rising Down », cet album se rapproche plus de leur all-time classic « Phrenology ». Comme généralement avec les Roots, cet album a de quoi plaire à ceux qui ne porte pas spécialement le Hip-Hop dans leur cœur : la batterie de Questlove n’a rien a envié aux batteurs rock les plus côtés et certains featuring obligent des grands écarts stylistiques remarquables : Johanna Newsom a lâché sa harpe pour poser sa voix féline sur un « Right On » plutôt sympa et les Monsters Of Folk calme la marche dans un sublime « Dear God 2.0 ». Un Must-have dans leur discographie. A écouter en priorité : « Dear God 2.0″, « How I Get Over » et « Walk Alone »

-LCD Sound System – This Is Happening : Premier morceau et première claque. Ce “Dancing Yrself Clean” qui ouvre l’album est assez représentatif de ce qui va suivre: après une intro calme mais pas exempt de rythme, le morceau va rapidement s’enflammer grâce à la charge d’un clavier culotté qui fera partir le morceau dans des sphères dance-punk. Car c’est bien là la force de LCD Soundsystem, une alternance savamment bien orchestrée entre des phases taillées pour les Dancefloor (Drunk Girl) et des moments plus calmes pour reprendre son souffle et décuver de cette trance avec un peu de mélancolie (I Can Change). Troisième effort du groupe et toujours cette même impression de domination par rapport à la concurrence, ca en devient presque énervant …

-Beach House – Teen Dream : Il y a un sous-genre musical qui s’appelle la « Dream Pop » et l’album de Beach House semble être la définition parfaite de ce terme : une voix envoutante qui se pose sur une guitare qui joue des mélodies catchy le tout chapoté par une production brumeuse. Si vous cherchez un album pour vos Dimanche de mélancolie romantique, ne cherchez plus ! Courez acheter ce disque où le désenchantement est souvent sublimé par la grâce. A écouter en priorité : « Zebra », « Used To Be » et «Norway »

- Kanye West – My Beautiful Twisted Dark Fantasy : Au sommet de sa pyramide de Maslow, le monstre de l’entertainment Kanye West était attendu au tournant par un auditoire prêt à lui sauter à la gorge pour sanctionner ses dernières sorties pas très délicate. Au moment où il aurait pu se faire descendre en règle par les critiques, « Yeezy » a réussi le tour de force de changer la donne en sortant un album qui fait l’unanimité : Pitchfork, website référence de la critique musical a mis un 10/10 (score qui n’avait pas été donné depuis 7 ans) et les autres leader d’opinion ont suivi : Rolling Stones, The Source, Les Inrocks…Tous ont mis la note maximale. Alors « My Beautiful Twisted Dark Fantasy », album parfait ? Non, malgré quelques perles, pas mal de titres sont trop brouillons pour être géniaux…Mais nul doute que cet album va rester dans les mémoires tant Kanye emmène le rap à l’étage d’au-dessus. Déjà, le sampling est impressionnant, au lieu de se replonger une énième fois dans les albums de Jackson 5 ou de Ray Charles, Kanye West a fait un vrai travail de dénicheur en allant au-delà des frontières habituelles et en pêchant des petites séquences chez des artistes rarement convoqués par les rappeurs, quelques noms parmi d’autres : The Turtles, King Crimson, Smokey Robinson, Black Sabbath, Aphex Twin et Bon Iver. Par-dessus le marché, West casse la linéarité habituelle du Hip-Hop en truffant son album de breaks, de beats évolutifs, de samples superposés et en multipliant les invités. Mélangez tout ça et vous aurez quelques instants de génie comme ce galvanisant Power…D’ailleurs, je prends un air solennel et je l’annonce : Power, single de l’année 2010.

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- Yeasayer : Old Blood : A la manière d’un Vampire Weekend, Yeasayer n’hésite pas à glisser dans sa musique des sonorités nous rappelant les steppes ardentes de la terre mère : l’afropop est à la mode et c’est plutôt une bonne nouvelle ! Mais ne nous trompons pas, « Old Blood » est avant tout un disque destiné aux hipsters new-yorkais : Gloubi-boulga pas désagréable de psyche-pop, rythme tribaux et de chant franchement kitch (j’en veux pour preuve le single O.N.E), le 2ème opus du groupe, sans s’inscrire dans l’histoire, est un des disques les plus rafraichissant de cette année.

-These New Puritans – Hidden : Même si on n’est pas du tout sur le même registre musical, on pourrait faire un parallèle entre cet album et celui de Kanye West : les deux ont des ambitions démesurées (chez TNP, on convoque des chœurs d’enfant, des tambours japonais et des cors de chasse sur des morceaux de 9 minutes), les deux ratissent large en termes d’influence (En interview, Jack Barnett, le leader, prétend s’inspirer en même temps de Raekwon, Phillip Glass et Britney Spears) et les deux albums divisent les avis en deux catégories : ceux qui crient au génie et ceux qui parlent d’imposture. En effet, certains trouvent cet album boursouflé et prétentieux alors que d’autres comme le célèbre magazine NME (qui considère Hidden comme l’« album de l’année 2010″ saluent l’audace et le culot de ces jeunes anglais qui font tout pour sortir des sentiers battus. Je fais partie de la 2ème catégorie, je n’ai rien contre les ambitieux ; « révolutionner la pop » n’est pas un diner de gala et les These New Puritans s’en sortent plutôt bien dans leur objectif. Prenons par exemple cet Attack Music qui mélange orchestration sombre et petit refrain accrocheur ou cet excellent We Want War qui sous une musique presque funéraire cache des petits clins d’œil pop. Dans cet univers hautement concurrentiel qu’est le rock indé, These New Puritans à mis les moyens pour se différencier de la masse de ses concurrents et a sorti un album qui fera probablement date. A écouter avec le système sonore adéquat.

- Best Coast – Crazy For You : La formule de ce groupe est simple : prendre des mélodies et des textes inspirés des chansonnettes 60’s à la Lesley Gore et les passer à la moulinette indie en y imposant en arrière plan un mur de guitare shoegaze et de reverb, le tout enregistré en lo-fi. Ce mélange des contraires Noisy/Pop qui n’a cessé de faire ses preuves depuis l’album pionnier « Psychocandy » des Jesus And Mary Chain vient de trouver de nouveaux ambassadeurs qui, à l’aide de ces textes à l’eau de rose et de ces mélodies catchy, ont signé la bande originale de l’été 2010. Un peu facile, certes, mais ne boudons pas notre plaisir ; même Bruce Springsteen, pas forcement friand de Noisy-Pop, s’est déclaré fan du groupe.

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-Freeway & Jake One – The Stimulus Package: Il y a quelques mois, j’avais déjà écrit ici-même beaucoup de bien de cet album qui n’a malheureusement pas eu la reconnaissance qu’il aurait mérité. Pas grand-chose à ajouter donc, si ce n’est que sept mois plus tard, je ne me suis toujours pas lassé de ce Hip-Hop ancienne école.

- The National – High Violet : En France, The National ne jouit pas de la même notoriété qu’aux States où ils sont considérés comme des proto-U2 (ce qui ne me semble pas franchement pertinent, mais bon…) et c’est regrettable car c’est l’une des valeurs les plus sûres du moment. La première chose qui frappe quand on écoute The National c’est la voix du chanteur, une voix – excusez-moi ce mot un peu désuet – « sépulcrale » qui hante directement l’auditeur qui s’aventure dans ce « High Violet ». A côté de ça, les musiciens habillent parfaitement le chant grâce à une instrumentation qui pose une atmosphère à couper au couteau où apparait de temps à autres des violons et chœurs qui se chargent de marquer les temps forts de l’album. A écouter en priorité : Bloodbuzz Ohio, « Afraid of Everyone », « Sorrow » et « Conversation 16 »

- John Grant – Queen Of Danemark : Il y a environ un an, John Grant était un quasi-inconnu au fond du gouffre suite aux échecs successifs des productions de son groupe The Czars, aujourd’hui son album est un succès critique et l’artiste a enfin eu la reconnaissance qui lui est due. La raison de ce chamboulement est Midlake, autre groupe de folk sombre de cette année qui, par solidarité artistique, sont allés jouer les Saint-Bernard en allant repêcher John Grant au fond de sa neurasthénie afin de lui redonner le goût de l’enregistrement et, pour l’épauler dans son effort, le groupe s’est chargé de l’orchestration de l’album. Mariage réussi, « Queen Of Danemark » est un disque tout en finesse dont les morceaux respectent souvent la même structure : la voix de baryton du chanteur marquée par la mélancolie dépressive débute avec un piano ou une simple guitare à ses côtés puis prend rapidement son envol dans un enrobage de corde qui vient lui donner sa force lyrique. Sans se ressembler, les chansons se suivent bien et l’album prend un tournant de plus en plus pop au fil des chansons comme si John Grant voulait retranscrire musicalement la sortie de sa dépression. Ces sauts d’humeur viennent agréablement contraster la noirceur de certains titres comme ce poignant « I Wanna Go To Marz »

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- Arcade Fire – The Suburbs : Mettons les choses aux claires : cet album n’est pas du niveau de « Funerals » MAIS le niveau est largement supérieur à leur dernière production « Neon Bible ». Pour être honnête, des 15 Albums, Suburbs est celui qui me donne le plus de difficulté à résumer en quelques lignes tant le style Arcade Fire-iens est difficile à définir. « Baroque Pop » est l’étiquette qu’on leur colle régulièrement, loin d’être exhaustive elle a le mérite de montrer que leur musique est difficilement définissable vu qu’elle joue sur 2 tableaux : petite mélodie pop accrocheuse et instrumentalisation ambitieuse. Ce troisième opus confirme l’entrée d’Arcade Fire dans cette catégorie privilégiée de groupe qui dure sur le long-terme grâce à une capacité à capter l’ère du temps pour évoluer. A écouter en priorité : We Used To Wait, « Ready To Start », « The Suburb » et « Sprawl II »

- Big Boi – Sir Lucious Left Foot : A l’époque de « Speakerboxxx/The Love Below», d’aucun ont pu croire qu’OutKast c’est surtout Andre 3000 et pas beaucoup Big Boi vu comment le CD du premier a largement éclipsé celui du second, la faute au succès des singles « Hey Ya » et « Roses. Cet album vient rétablir la vérité. Agréablement putassier, « Sir Lucious Left Foot » racole à grands coups de synthé et samples pitchés sans jamais basculer dans les clowneries que le rap sudiste à tendance à nous pondre. Contrairement à beaucoup d’album de rap qui se contentent d’instrus un peu formelle à base de beat et de kick, on ressent ici dans les 19 titres une recherche de sophistication : un petit clavecin par ici, un coup de xylophone par là puis un gimmick au Talkbox pour couronner le tout…Les ambiances se suivent mais ne se ressemblent pas : funk, gangsta rap, soul voire même jazzy, avec cet album, Big Boi rétabli la justice et reprend la considération qui lui est dû dans sa participation à un monument du hip-hop. A écouter : Shutterbug, « Shine Blockas », « Daddy Fat Sax »

-Tallest Man On Earth – The Wild Hunt : Ce suédois venu de nulle part sort son deuxième album avec un son qu’on aurait pu croire venu des mouvements contre-culturels des années 60’s. En effet, impossible de parler de ce second opus sans faire un parallèle avec le Bob Dylan de l’époque : la guitare sèche, la voix nasale, la diction excitée…Cependant, cet album n’est pas pour autant une pâle copie d’un style vieux de 50 ans ; Kristian Matsson, de son vrai nom, sait prendre la distance nécessaire avec ses références notamment au niveau des textes où il ne va pas braconner sur les terres Beatnik plus trop au goût du jour et préfère des petits contes environmental-friendly. Loin de toute sophistication, cet album saura ravir les amateurs des choses simples et des colères saines.

- Gil Scot Heron – I’m New Here : Vieux de 60 ans, Gil Scott-Heron revient après une traversée du désert de 15 ans pendant laquelle il aura cumulé prison, drogue, alcool et divorce. Rattrapé par le col et enfermé en studio par le patron du label XL Recording, Gil Scott-Heron s’est enfin décidé à ressortir un album. Fatigué par la vie, sa voix déjà bien sombre a pris en gravité mais sa diction, elle, n’a pas changé : le père du spoken words prouve encore une fois que cette musique, ce n’est pas qu’une histoire de performance vocale et de souffle, c’est avant tout une histoire de tripes et de gouaille. Aussi, la réelle différence avec ses précédents albums se situe au niveau du registre musical : même si le spoken words reste prépondérant, Gil se permet quelques modernités comme ce soupçon d’électro qui jalonne l’excellent « Me and the Devil » ou encore ce « I’m New Here » qui cache une reprise des folkeux de The Smogs. A écouter en priorité : « Me And The Devil », « New York Is Killing Me », « On Coming From A Broken Home” et “I’m New Here”

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