Le PIB d’un pays peut doubler sans aucune amélioration de la productivité individuelle. Inversement, une économie peut croître sans augmentation notable de ses ressources naturelles ni de sa population. Les économistes distinguent alors deux dynamiques distinctes pour expliquer ce phénomène.
La séparation entre croissance extensive et intensive façonne les grandes grilles de lecture de la macroéconomie moderne. Selon que l’on privilégie l’un ou l’autre modèle, les trajectoires en matière de niveau de vie, d’emploi ou de répartition des richesses diffèrent durablement. Les outils pour suivre ces évolutions, loin d’être neutres, alimentent toujours les discussions sur la performance et la viabilité d’un modèle économique.
Comprendre la croissance économique : notions et enjeux
La croissance économique occupe une place de choix dans la réflexion collective et dans les politiques publiques. Selon François Perroux, elle se définit comme une progression soutenue de la production de biens et services sur une période donnée, un mouvement que l’on mesure via le Produit Intérieur Brut (PIB). Cet indicateur, tout comme le Produit National Brut (PNB), chiffre la richesse générée par un pays année après année.
Mais la croissance économique ne se réduit pas à une donnée statistique. Elle pose une question de fond : comment une société convertit-elle l’augmentation de ses richesses en progrès social, en redistribution, ou en transformation écologique ? Le taux de croissance, c’est-à-dire la variation annuelle du PIB, est scruté par les gouvernements, les organismes internationaux, les économistes. À l’opposé de la décroissance, qui désigne la contraction de l’activité, parfois redoutée, parfois revendiquée pour ses vertus environnementales, la croissance reste le repère dominant.
Pour saisir les ressorts de la croissance économique, il faut interroger la manière dont elle est calculée, les limites de son interprétation, mais aussi ses objectifs. Derrière la façade du PIB se jouent des choix de méthode, des compromis politiques, et des impacts sociaux. Mesurer la croissance, c’est révéler la tension permanente entre développement, répartition, transition écologique et viabilité du modèle.
Quelles différences entre croissance extensive et croissance intensive ?
Décomposer la croissance en extensive et intensive permet de plonger dans les moteurs profonds de l’élévation de la production. La croissance extensive repose sur une augmentation des quantités de facteurs de production. Voici ce que cela recouvre :
- un recours accru à la main-d’œuvre,
- une accumulation de capital,
- une expansion des surfaces agricoles ou la construction de nouveaux sites industriels.
Ce mode de développement, dit extensif, a marqué les premiers temps de l’industrialisation, à l’époque où produire plus signifiait mobiliser davantage de bras et de capitaux matériels.
La croissance intensive procède d’une autre logique : il s’agit d’améliorer l’efficacité de l’utilisation des ressources existantes. Ici, la priorité n’est plus de multiplier les quantités, mais d’optimiser leur usage. Les gains de productivité découlent alors d’innovations, de progrès technologique, ou d’une organisation du travail repensée. Robert Solow, prix Nobel d’économie, a montré l’influence primordiale du progrès technique dans la croissance intensive : sans innovation, ni l’accumulation de capital ni l’augmentation du travail ne suffisent à expliquer la croissance sur le long terme.
Cette distinction se retrouve dans l’évolution historique des sociétés. La croissance extensive rencontre vite des limites : raréfaction des ressources, rendements déclinants, pressions environnementales. À l’inverse, la croissance intensive met à l’épreuve la capacité d’une société à innover, à former, à investir dans la recherche, à transformer son appareil productif sans épuiser ses ressources.
Pour synthétiser ces différences, voici ce qu’il faut retenir :
- Croissance extensive : hausse des quantités de facteurs (travail, capital)
- Croissance intensive : progression de la productivité et du progrès technique
Ce clivage nourrit les débats actuels : faut-il privilégier la quantité ou la qualité, viser l’expansion ou la mutation structurelle, chercher la performance ou préserver les équilibres ?
Les facteurs déterminants de la croissance économique
L’essor économique se façonne à partir d’une alchimie entre facteurs de production, productivité et institutions. À la base, le travail et le capital sont les piliers de toute activité productive. On considère notamment :
- le volume de main-d’œuvre mobilisé,
- le niveau de qualification de cette main-d’œuvre,
- la quantité et la modernité des équipements et infrastructures.
Cependant, ces ressources à elles seules ne suffisent pas à expliquer une croissance durable et dynamique.
Le véritable levier se trouve dans la productivité globale des facteurs (PGF). Ce concept vise à mesurer la capacité d’une économie à tirer le meilleur parti de ses ressources en combinant travail et capital de façon plus efficiente. Une élévation de la PGF traduit l’impact des innovations, du progrès technique, et d’une meilleure organisation. Joseph Schumpeter a développé l’idée de destruction créatrice, où l’innovation bouleverse l’ordre établi, fait émerger de nouveaux secteurs et stimule la croissance par des gains de productivité.
Autre élément de poids : le cadre institutionnel. Daron Acemoglu et James A. Robinson opposent les institutions inclusives, qui encouragent l’innovation et l’investissement, aux institutions extractives, qui les brident. Stabilité politique, respect des droits de propriété, transparence : tout cela influence la capacité d’un pays à impulser une croissance durable.
Pour clarifier l’ensemble des leviers, voici les éléments structurants :
- Facteurs de production : travail, capital
- PGF : efficacité dans l’usage des ressources, progrès technique
- Institutions : environnement propice à l’innovation et à l’investissement
Les grands organismes internationaux, Banque mondiale, OCDE, Nations unies, mettent en avant l’innovation, l’investissement et la qualité du cadre réglementaire comme leviers pour activer une dynamique de croissance qui profite au plus grand nombre et respecte les limites planétaires.
Mesurer la croissance : quels indicateurs et quelles conséquences sur la société ?
La croissance économique est généralement évaluée à l’aune du Produit Intérieur Brut (PIB), qui quantifie chaque année la valeur totale des biens et services produits dans un territoire. Le taux de croissance du PIB, publié par des organismes comme la Banque mondiale, l’INSEE ou l’OCDE, sert de baromètre aux politiques publiques et nourrit les analyses économiques.
À côté du PIB, le Produit National Brut (PNB) apporte un éclairage complémentaire, en intégrant les revenus issus de l’extérieur et en tenant compte de la richesse produite par les ressortissants d’un pays, où qu’ils se trouvent. Le taux de croissance annuel, indicateur clef pour les responsables économiques, traduit la dynamique ou l’essoufflement d’une économie. Mais l’enjeu ne se limite pas à une courbe : la croissance a aussi des effets sociaux, parfois contrastés.
Pour élargir l’analyse, l’Indice de Développement Humain (IDH) agrège la santé, l’éducation et le niveau de vie. La croissance peut s’accompagner d’un véritable progrès social, mais elle peut aussi accentuer les écarts. D’où la montée en puissance des notions de croissance inclusive, croissance durable ou croissance verte. L’objectif n’est plus seulement de produire davantage, mais de réduire les disparités, de préserver l’environnement, de transmettre une prospérité partagée.
| Indicateur | Ce qu’il mesure |
|---|---|
| PIB | Valeur de la production nationale |
| PNB | Production + revenus nets de l’étranger |
| IDH | Santé, éducation, niveau de vie |
Une croissance rapide ne rime pas toujours avec cohésion sociale ni avec progrès réel. Les politiques éducatives, l’accès à la santé, la qualité des institutions et les choix en matière d’environnement dessinent le type de croissance qui façonnera la société de demain. Le chiffre brut ne dit pas tout : c’est la trajectoire qu’il ouvre qui compte.


