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Studio 404 est l’émission consacrée à la société numérique. Cinq chroniqueurs, Lâm Hua, Daz, Mélissa Bounoua, Sylvain Paley et Fibre Tigre abordent mensuellement plusieurs thèmes d’actualité dans une ambiance bonne enfant qui n’empêche pas un certain professionnalisme. Dans l’édition du mois de décembre, Sylvain aborde la fin de la flânerie sur le web : web social, recommandations, targeting et algorithmes ont-ils tué l’esprit de la curiosité sur écran ? N’y a-t-il plus de place pour le hasard sur Internet ?

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Je vais commencer par une simple question : est-ce que vous vous rappelez du web ? Est ce que vous vous souvenez quand on surfait ?

Quand on se laissait porter par la vague du flux d’information, quand le web, finalement, n’était pas social ?
Eh oui internet dans les années 2000, ce n’était pas que le bruit caractéristique d’un modem 56k, c’était aussi une forme de solitude, d’expérience intime. Il y avait d’ailleurs une certaine poésie dans cette lenteur, nous inventions une nouvelle activité de contemplation : « faire de l’ordi ».

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Une fois branchés, nous étions les explorateurs d’un nouveau monde. Sur quoi est-ce que nous double-cliquions ? Sur Internet Explorer, sur Netscape Navigator, il y avait un méta-moteur de recherche qui s’appelait Copernic…

La connexion nous foutait une boule au ventre, une sorte de mal de mer : tout etait à portée de clic. Que chercher ? Que regarder ? Il y a tellement de choses, qu’importe : promenons-nous, défrichons , flânons !
Voilà ce que nous étions : des flâneurs, des cyber-flâneurs même. Tel Newton sous son arbre, une grande partie de nos découvertes était le fruit du hasard.

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C’est en cherchant pour ma chère mère comment faire pousser des tomates en intérieur que je tombais sur le site internet d’un représentant de la culture hydroponique. Au fil des liens j’apprenais à rouler mon premier pétard. Cela s’appelle la sérendipité : lorsqu’on trouve ce que l’on ne cherche pas.

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Alors que s’est il passé ? Qu’avez-vous fait, Mr Zuckerberg, qu’avez-vous fait Messieurs Brin et Page, qu’avez-vous fait à la poésie ?

Le champ des possibles a été réduit par les smartphones et les applications : nous nous connectons désormais avec, en tête, un objectif bien précis. Alors que nous reste-il : Les réseaux sociaux ? Ces plateformes qui veulent notre bien à condition que l’on joue notre rôle d’homme sandwich 2.0 ?

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Imaginez.

2020, Bienvenue sur un internet dans l’internet, bienvenue sur Facebook. Tout le contenu que vous avez appris à consommer ces 20 dernières années est aggrégé, édité, préparé, personnalisé et diffusé sur VOTRE internet. Vous n’avez plus besoin d’aller voir ailleurs.
Vos cookies et informations personnelles nous permettent de vous délivrer une expérience sur mesure. L’anonymat n’existe plus, d’ailleurs tout l’internet vous connait puisque tout l’internet est social, toutes vos actions sont partagées. Mais comprenez : c’est pour votre bien tout ça, vous ne voudriez tout de même pas que l’on vous propose des publicités qui ne ciblent pas vos besoins ? Ce serait idiot, avouez.

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Cette vision du futur, internaute, si tu ne prends pas garde, est tout a fait possible. Alors j’en appelle à ton bon sens : fais donc fi des contraintes que t’imposent des entreprises qui rêvent d’avoir des precogs pour prédir tes mouvements, libère toi de ces réseaux qui font du targeting, du retargeting et du Real Time Bidding pour décider à ta place quelle doit être ton expérience du web. Ne tombe pas dans la facilité comme on tombe du côté obscur de la force : délogue toi dès que tu le peux, ne donne tes informations personnelles que lorsque c’est vraiment nécéssaire, efface tes cookies régulièrement… Et surtout, surtout : n’hésite pas à flâner sans but, car ainsi, tu trouveras sans chercher.

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