Bal Blanc au Grand Palais. © The Creators Project

Chers lecteurs, une fois n’est pas coutume, j’ai décidé de me soumettre au délicat exercice du report. Mais bon, comme je suis un peu téméraire, j’ai décidé de faire un compte rendu non pas d’un événement mais d’une semaine entière de fête : celle de l’art digital orchestrée par The Creators Project. Enfin, quand je parle de semaine entière… Comme je suis de la France qui se lève tôt, j’ai du me contenter du week-end et d’une soirée. MAIS C’EST DEJA PAS MAL.

Mais qu’est donc The Creators Project, vous demandez-vous ? Comme vous le savez peut-être déjà, il y a quelques années, Vice et Intel, deux entreprises qui, a priori n’ont pas grand chose en commun (à part le cliché des types à lunettes, peut-être…) ont décidé de s’associer  autour d’un projet (The Creators Project, donc) de promotion de l’art digital. Au delà de leur site internet régulièrement alimenté en contenu plutôt très beaucoup intéressant et varié, de nombreuses manifestations sont régulièrement organisées dans le monde. Ainsi, du 19 au 24 juin dernier, c’est à Paris que The Creators Project a décidé de poser ses valises et de nous offrir notre dose d’innovation artistique.

 

Bref, trêves de babillages, en route !

 

 

Jeudi 21 juin :

Cool, aujourd’hui, c’est la fête de la musique ! Tu sais, CE soir de l’année où tu as toujours 15 plans, 3 groupes d’amis que tu dois retrouver mais où tu finis invariablement en bon loser qui n’a pas checké les noctiliens qui circulaient, seul (car oui, tu l’avais oubliée, cette saloperie de couverture réseau qui se fait la malle), le ventre gonflé des Kro chaudes que tu as ingurgitées pour oublier l’agression sonore infligée par ce groupe de hardcore macédonien sur lequel tu t’es rabattu.

 

Heureusement, cette année, je sais quoi faire, tout est réglé comme du papier (à musique. Laule), j’ai mon invitation pour la chouille la plus prometteuse de Paris : le bal blanc The Creators Project.

Wah, I’m impressed… Et petite

 

Comme on attend Jamie XX, Caribou et Four Tet aux platines et que je compte bien ouvrir mes chakras à cette expérience artistique protéiforme , je fais péter le combo jean-t-shirt-bateaux de rigueur. Soyons fous, soyons à l’aise.

 

Premier malaise: arrivée dans la file d’attente, je constate qu’autour de moi, tout n’est que petite robe-headband-sandales compensées. OK. C’pas grave, je fais la queue sagement et, au bout d’une vingtaine de minutes, je pénètre enfin dans l’antre du Grand Palais. A ce moment-là, je prends ma première claque. Comprenez moi, avec le soleil couchant, les premières ondes musicales et l’installation de Buren, on se sent plutôt à l’aise.

 

En bonne pouffiasse, j’envoie mon cher et tendre chercher de quoi nous désaltérer et je sirote ma première bière en faisant le tour du propriétaire. Ah, on ne peut pas monter à l’étage ? C’est réservé aux VIPs ? OK.

 

Ma bière est finie, les Djs commencent à s’exciter un peu plus tandis que le jour achève de décliner, il faut que je me ravitaille pour me mettre sur la bonne fréquence.

 

Deuxième malaise : je ne veux ni de bière ni de champagne, je fais comment ? Ah ? Je ferme ma gueule et je prends ma bouteille à 7 euros ? OK. Je n’arrive pas à joindre mon banquier suisse, on ne frôlera donc pas le coma éthylique, ce soir.

 

Tant pis, je retourne danser dans l’arène, coincée entre un bobo Téléramaphile à lunettes, une fille à papa qui parle de ses résultats de Bac de Français et un hipster qui ne voit rien à travers son masque de lapin artisanal. Le mélange des genres, c’est maintenant.
Tiens, d’ailleurs, voilà Thomas Hollande qui passe. J’en profite pour lui lancer le regard « je sais que tu sais que je sais qui qui t’es ». Une minute plus tard, c’est son garde du corps qui déboule, visiblement largué. Bien joué Thomas.

 

Mais n’oublions pas l’essentiel, notre trio de pousseurs de disques qui continue à nous en mettre plein les oreilles. Ils sont quand même sacrément forts, les salauds ! Surtout le petit Jamie, du haut de ses 23 ans. Bon, au début, les transitions sont un peu balbutiantes mais on  les pardonne bien vite en entendant tous les caviars auditifs qui nous sont servis.

 

L’espace offert par le lieu, les effets créés par les jeux de lumières et l’oeuvre d’art rendent le tout plutôt jouissif. Malgré tout, arrive le moment où je me demande (enfin) pourquoi il nous a expressément été demandé de venir tout de blanc vêtus.

 

Ultime malaise : le très bel artwork de l’invitation au bal n’était qu’une préfiguration de l’effet créé par la foule blanche. L’impression pour quiconque contemplerait la scène de haut que des milliers de confettis blancs s’étaient échoués sur le sol du Grand Palais. Retour donc du problème cité plus haut : le fait d’être habillé en blanc n’a d’intérêt que si tu es VIP et que tu as accès à l’étage. Dommage.

 

Jamie xx * Caribou * Four Tet. Kikoo

 

Au final, je suis restée (presque) jusqu’au bout et j’avais quand même  plus envie d’envoyer des mots doux à nos amis de Vice et à Intel que de balancer mes chaussures dans la face des gamines en compensées.

 

Samedi 23 juin :

Non contente d’avoir fêté la musique avec The Creators Project, j’avais envie de voir un peu le reste des manifestations proposées. Du coup, un peu par conscience blogo-corporate et beaucoup par curiosité, je me suis inscrite pour l’atelier Déconstruire le clip organisé au 104, le samedi. Bien m’en a pris puisque j’ai appris plein de choses, moi, pucelle de la réalisation et que les Megaforce sont des types super cools, qui font des réalisations qui déchirent au moins tout autant que leur présentation. Et puis je suis un peu tombée amoureuse de Raphaël aussi. Raphaël, si tu me lis, marie-moi !

 

Pendant une heure et demie, on a ainsi décortiqué le clip de Pursuit Of Happiness (Kid Cudi en a pris pour son grade, on a bien laulé) et ce spot de Cadbury. Ils sont forts. The Creators Project aussi. Grâce à leur super démarchage, on a pu boire des Grolsch à l’oeil tous ensemble dans la cour ensoleillée du 104. C’était cool. J’avais 10 ans dans ma tête. Ce qui ne s’est pas arrangé quand je suis allée voir The Treachery Of Sanctuary. Grosse groupie de Chris Milk depuis The Wilderness Downtown, je me suis éclatée à remuer des bras comme une gosse devant les trois panneaux interactifs. Mention spéciale au panneau qui te donne des ailes. Au sens propre du terme (Redbull peut se rhabiller).

 

Dimanche 24 juin :

Comme je n’en avais toujours pas assez, je me suis AUSSI inscrite pour l’atelier My God Is Blue. Vu le temps de merde qu’il faisait, autant vous dire que j’avais hâte que Sébastien Tellier soit… Sébastien Tellier. L’ambiance était un peu moins intimiste que la veille (cote de popularité oblige) et les questions n’étaient pas toujours bien senties mais Tellier et Mr Flash nous ont régalés. Un peu de 15e degré dans ce monde de brutes, beaucoup d’infos sur le processus créatif de la bête, je suis rentrée chez moi trempée mais moins conne. Tellier m’a aussi donné l’espoir de devenir un jour une star en m’appliquant à fermer les yeux et poser mes gros doigts n’importe où sur un synthé.

 

My God Is Tellier

 

Voilà, au final, que dire ? Ma foi, ce festival (qui n’en porte pas le nom) a fait du bien par où il est passé. Il est agréable de voir que l’art digital connait une reconnaissance et une résonance toujours plus grandes dans la ville lumière. Ces artistes de tous bords ont des choses intéressantes à dévoiler et les initiatives telles que The Creators Project sont une vitrine en or massif pour médiatiser ce renouveau  et bousculer un peu le classicisme et le conformisme ambiants. En ce qui me concerne, j’ai dansé, ri, ai été émerveillée mais aussi interpellée pendant cette semaine et si ce n’est pas cela qu’il faut attendre de l’art, alors, je veux bien que l’on me fasse avaler un à un les headbands des petites pépées du bal blanc!