Par définition, le vintage n’a rien de nouveau. Les friperies -qui ont depuis longtemps déjà perdu leur âme- sont là pour en témoigner. Cependant, on ne s’attardera pas ici à parler mode, tout a été dit sur le sujet (cf – la bible en la matière : Vintage Fashion: Collecting and Wearing Designer Classics, 1900-1990 d’Emma Baxter Wright).

Si « nouveauté » il y a, c’est plutôt du côté des clips. Comme chacun l’a remarqué, nos artistes-préférés-du-moment-top-rankés-sur-hypem ont décidé de faire l’apologie du vieux. Qualité d’image déliftée, son défaillant, traces sur la pellicule, tout y passe pour donner l’illusion d’un sérieux retour en arrière. Les Two Door Cinema Club (qu’on ne présente plus) s’y sont livrés avec pertinence l’année dernière :   I Can Talk fleure bon les 70′s, et pourtant la chose est très actuelle (enfin, très 2009 quoi).

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Plus récemment, mais dans un tout autre style, les messieurs d’Animal Collective ont eux aussi entamé leur cure de vintage pour illustrer le planant Guys Eyes. Surfeurs et skateboardeurs sont les acteurs de cette pièce qu’on situerait entre les années 60 et 70. Là encore, on fait appel à la nostalgie d’une époque que pourtant le public n’a jamais connue, en invoquant un paradis gravé dans l’imaginaire collectif sur du Super 8.

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Pour faire sérieux, on pourrait s’interroger sur les causes d’un tel anachronisme esthétique. Alors que le cinéma atteint sa 3ème dimension, pourquoi nous faire ce pied de nez en recouvrant l’écran de poussière ?

On se passera de toute réflexion un tant soit peu philosophique ou intelligente (Nietzsche s’en charge très bien dans sa Naissance de la tragédie, et L’image-temps de monsieur Deleuze apporte les précisions nécessaires ; tu l’as compris, citer des références c’est vintage).

L’hypothèse pourrait être la suivante : ces groupes ont choisi de se donner une postérité que, déjà, ils n’espèrent plus. Leur durée de vie a rarement été aussi réduite, et il y a fort à parier que plus personne ne s’amusera à regarder leur clip dans une dizaine d’années pour remarquer à quel point ces trucs ont mal vieilli. Alors autant y remédier sur le champ et faire du vintage pré-fabriqué. Néanmoins, on se gardera de valider une telle assertion au sujet d’artistes aussi talentueux.

Ce qu’il faut vraiment savoir, mais vous vous en doutez déjà, c’est qu’actuellement tout est moche. Lady Gaga est moche, la Burj Dubaï est moche, l’iPad est moche (au sens platonicien du terme), et le grand Paris sera bientôt moche lui aussi. Alors on regarde ailleurs, on rêve d’une époque où le survêt’ n’existait pas encore, où le style était naturel comme de la gomina dans les cheveux et un perfecto usé, où le rétro ne l’était pas. Un peu comme cette ode bouleversante des Thieves Like Us, qu’on vous IMPOSERA de regarder au lieu de perdre notre temps à la commenter (précisons simplement que les images sont reprises du film A Swedish Love Story de Roy Andersson).

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Voilà que la bande s’essouffle et que les voitures commencent à sortir du drive-in. Pas question cependant de finir sur une note si spleenesque. Le vintage, c’est aussi les années 80 et 90, beaucoup moins langoureuses et pour cause… Le clip du nouveau tandem Carte Blanche nous file un bon coup de jus en nous faisant redécouvrir le sens du mot « danse ». Pour les petites frappes qui l’auraient boycotté dans l’article précédent, voici l’occasion de vous rattraper :

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Et enfin, pour ceux qui n’avaient pas encore bon goût en novembre 2009, un gros fixe d’arcade et de pixels sauce 90′s dans une création parfaitement maîtrisée pour le monstrueux Truckers Delight de Flairs. Parce que ta Super NES est plus vintage que tu ne le seras jamais.

http://www.dailymotion.com/video/xb6m1d