Chambéry, 22 avril 2010, vers 11h : l’adjectif malin passe enfin à la postérité (la preuve en images ici). Il était temps : nettement plus euphémisante et désuette que… « pauv’con » par exemple, cette insulte vieillotte s’inscrit tout à fait dans la tendance « vintage » et rétro de notre époque.

En ces temps où le terme malin est utilisé à toutes les sauces par les sites internet (prétentieux : lesitemalin ; abscons : truc-malin ; champêtre : jardiner-malin ; radin : acheter-malin ; ou même philosophique : vivre-malin), il est bon de rappeler les origines occultes de ce mot galvaudé. En plus d’être un prénom suédois et le génitif pluriel de malina (« framboise » en tchèque, polonais, croate, slovène et slovaque), le mot malin, vous le savez sans doute, vient du latin malignus, lui-même dérivé de malus, et désigne toute chose ou être « de nature mauvaise, perfide ».

Cet adjectif est l’un des rares à être apparu d’abord à la forme féminine, petit clin d’œil linguistique à Eve, notre fameuse pécheresse originelle. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si l’on nomme ainsi le Diable, et si le Dj Manu le Malin et ses mixes « hardcore-techno-industriels » ont un certain écho des Enfers (la preuve en « musique » ici).

Mais revenons à l’actualité brûlante de ces derniers jours. L’incantation présidentielle proférée trois fois en terre savoyarde a eu des conséquences prévisibles (entre autres la création d’un tag #faispaslemalin sur Twitter, où les internautes s’amusent à inventer la suite de la menace), et d’autres moins… L’équipe marketing de l’agence de location automobile Sixt a en effet transformé la boutade présidentielle en slogan. Grosse disette créative ou grande réactivité opportuniste ? L’agence avait déjà raillé notre chef d’Etat au début du mois avec la publicité : « Faites comme Madame Bruni, prenez un petit modèle français… » A malin, malin et demi…