Le 12 avril, la régie du groupe Le Monde, M Publicité, présentait à ses annonceurs sa plateforme « multi-écrans pour multi-usages », sous le titre poétique de « Le Monde, c’est déjà demain ».
Louis Dreyfus, président du directoire du Monde, Natalie Nougayrède, ex-grand reporter et nouvelle directrice du Monde (c’était sa première prise de parole publique, venant de succéder à Erik Izraelewicz décédé en novembre), Isabelle André, PDG du Monde Interactif et Corinne Mrejen, Directrice de M Publicité, se sont succédés pour faire un état des lieux du numérique dans le groupe de presse ainsi que des innovations en cours d’élaboration. Voici un résumé de cette présentation, que j’ai complété d’informations glanées lors de la présentation de la nouvelle zone abonnés du Monde du 4 avril.

-

Louis Dreyfus commence par une note enthousiaste. La marque Le Monde n’a jamais été aussi forte, car tous supports confondus, le groupe totalise plus de 11,3 millions de lecteurs par mois. Les moins de 35 ans représentent 35% de la totalité de ce lectorat mais comptent pour 60-70% des audiences sur le mobile et via les réseaux sociaux. L’ensemble de cette audience est de 10 ans plus jeune que celle du Figaro. L’audience mobile et tablette se hausse jusqu’à 27% de l’audience totale, soit 10% de plus que la moyenne de la presse nationale française. Louis Dreyfus indique également un niveau de rentabilité unique du groupe, validant devant les annonceurs le modèle économique du Monde : 70% de contenus gratuits et 30% de contenus payants. C’est alors l’occasion de présenter les deux grands axes de développement du groupe : contenu et innovation. Le président du directoire insiste sur la volonté de sortir de la crise par le haut. Alors que celle-ci pousse ses concurrents à licencier, réduire les équipes de rédaction… le board du Monde s’est engagé à investir dans ses équipes, notamment la rédaction.

-
Natalie Nougayrède enchaîne : « notre obsession, c’est le contenu ». Le Monde doit s’ancrer dans le numérique pour rayonner sur tous les supports, qui doivent être au service de la marque. Elle détaille une démarche éditoriale fondée sur trois niveaux de temporalité de l’information : le temps réel, le quotidien et le temps long (en prenant pour exemple la frise chronologique éditorialisée disponible dans la zone abonnée du journal). Elle en profite alors pour annoncer que le 29 avril sera lancé un cahier économique quotidien, bimédia (papier et web). Axé sur les territoires de la mondialisation et mutations économiques, il tentera de mieux répondre à la demande croissante d’information des lecteurs dans un monde où l’économie se transforme de manière accélérée et imprévisible. On apprend également qu’une équipe éditoriale enrichie de correspondants et de spécialistes technologie et médias y sera dédiée et que le lancement de ce cahier sera accompagné d’une campagne promotionnelle plurimédia de 3,2 millions d’euros. Enfin, la directrice de la rédaction termine sur l’importance du lifestyle au Monde depuis 2011, en abordant les thèmes du design, de la mode et de l’automobile dans le magazine M et son application iPad dédiée. Elle évoque aussi une corrélation positive entre le revenu du lectorat et la pénétration de la marque Le Monde.

-

Frise chronologique éditorialisée (de 1944 à nos jours)

-

Isabelle André, de la direction du Monde interactif insiste sur l’importance des nouveaux formats de traitement interactifs de l’information, notamment la datavisualisation et les infographies, mais aussi la vidéo. En effet, des chaînes ont été lancées sur Dailymotion, qui totalisent plus de 3 millions de vues par mois avec plus de 30 vidéos par jour. Mais la volonté d’aller plus loin est là : elle annonce le lancement d’une chaîne Le Monde TV pour le 15 avril, avec l’objectif de tripler les vues.

-

-

Egalement, elle revient sur Le Monde Mémoire, un nouvel écosystème d’applications, un nouveau format d’édition, dont le premier opus était dédié à une biographie détaillée de Stéphane Hessel, dans laquelle était intégré son essai Indignez-vous. La nouvelle zone abonnés, présentée la semaine précédente, n’est pas en reste en termes d’innovations. L’abonné a accès à toutes les archives du journal depuis 1944 (éditorialisées sous forme de frise chronologique), une carte interactive présentant les correspondants du Monde à l’étranger et l’actualité qu’ils traitent (créée en partenariat avec la start-up Mapbox) ainsi que deux fois plus d’informations que le lecteur non-abonné. Un nouveau format de journal électronique, appelé JTE (Journal Tactile Enrichi) est à paraître le 13 mai. Repensé pour les tablettes de plus de 7 pouces en termes d’ergonomie, de navigation et d’intégration de contenu, il reproduira en partie l’expérience du journal papier selon le principe du skeuomorphisme.

Présentation du Journal Tactile Enrichi

Enfin, un laboratoire, dirigé par Nabil Wakim et Julien Laroche-Joubert a été mis en place, pour former les rédactions et travailler sur les nouveaux usages et formes narratives. Il semble d’autant plus nécessaire que 18% des lecteurs du Monde disposent d’une tablette, qui change la perception et l’expérience de l’information au quotidien. A cette fin, Le Monde a développé des applications sur iOS (+12% de visites), Android (+169% de visites) et sur Windows 8. On apprend d’ailleurs que l’application pour iPad avait été créée avant même que la tablette n’arrive en France (ce qui est quand même plutôt beau gosse). Quant à l’appli M, qui est la seule application française de magazine lifestyle hebdomadaire, elle a été téléchargée plus de 200 000 fois depuis son lancement.

-

Carte interactive du Monde : la dimension internationale

-

Corinne Mrejen, directrice de la régie M Publicité conclut ce rendez-vous sur le thème de l’obsession du lien. Elle présente les efforts constants de la régie de lier formats publicitaires et contenus, et ce malgré la démultiplication des points de contact entre le lectorat et l’information. Elle présente un customer journey du lecteur : le Monde est passé de 3 à 10 écrans, et les mobiles et tablettes comptent à eux-seuls 4 prime times dans une journée (cf. présentation). Après la présentation d’opérations de brand content, elle conclut sur le rôle des données, qui leur permettra de passer du media planing à l’audience planning, pour proposer du contenu toujours plus personnalisé aux lecteurs, quel que soit le support de lecture. Dès septembre, la régie proposera à ses annonceurs une offre « data » qui leur permettra l’accès à 30 profils d’audience.

-

A la fin de cette présentation, le public d’annonceurs et de journalistes semble plutôt conquis. La clarté de l’offre et la connaissance manifeste de l’audience et des usages, ainsi que l’apparente aptitude au changement, donne un autre visage de la presse française. En espérant que le laboratoire et le studio vidéo seront investis et dirigés de manière à pouvoir expérimenter sans être soumis à la pression du court terme ou à l’inverse, être trop déconnectés de la réalité de la société (numérique ou non) et de sa perception de l’information. Enfin, on peut se demander comment sera abordé ce tournant d’un point de vue humain et de management, même si cela n’a pas été abordé lors de la conférence. Comment concilier le traitement de l’information sur les trois temps évoqués ? Quels profils faut-il recruter pour créer ces nouveaux formats interactifs et vidéo ? Comment établir un dialogue permanent entre une régie toujours plus intégrée et la rédaction, pour mettre en place des dispositifs immersifs de brand content ? Et imaginer le futur de l’expérience de lecture, que ce soit sur un écran tactile ou peut-être même… des lunettes ? Vous pouvez retrouver les détails de la prise de parole dans la présentation Slideshare de M Publicité ci-dessous.

-