Non, le reveillon des Archivistes n’a pas mal tourné. Nous ne nous sommes pas retrouvé en chaussettes au milieu d’un pré, la bouche pâteuse. Et pourtant, le thème de ce premier carnet de 2011 est bien un mot à l’existence aussi douteuse que son absence des dictionnaires peut le laisser entendre. Psychedelia, c’est notre traduction toute personnelle de l’univers de néo-psychédélisme qui semble faire succomber un nombre grandissant de curieux de l’image et de la création sauvage.

Si le psychédélisme des années 60 reposait avant tout sur la consommation de drogues fortement hallucinogènes comme le LSD, la version actualisée semble bien vouloir s’affranchir de ces psychotropes dangereux et proposer la possibilité d’une vision esthétique partagée. En supposant que les hallucinogènes de l’époque n’étaient qu’une manière de libérer l’imagination humaine en endormant la rationalité du cerveau, nos néo-hippies straight-edge se sont tournés vers les rêves et notamment les rêves lucides pour vivre des hallucinations « saines » et pouvoir les partager avec leurs potes. Tel Jimmy Hendrix et son « Are You Experienced », les musiciens contemporains ont sauté sur l’occasion et nous livrent leurs rêves sous forme de courts-métrages, illustrations parfaites des inspirations de leurs morceaux et de l’espace créatif illimité qu’ils trouvent dans leur sommeil. On pense notamment au rêve vaguement SM de Jared Leto pour illustrer la chanson Hurricane de son groupe 30 Seconds To Mars ou aux clowns ultra-violents de Placebo sur Trigger Happy Hands… mais c’est sans aucun doute Scissor Sisters et son clip pour Invisible Light qui réussit le mieux a capturer l’incroyable richesse psychédélique des rêves :

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Si vous n’étiez pas partis en Laponie le mois dernier chasser le Père-Noël, en bons hipsters que vous êtes, vous avez peut-être aperçu notre interview de Lars Larsen et pris conscience que quelques allumés du caisson adeptes de bizarreries comme la Witch House se sont mis à étudier la compression vidéo de près pour nous livrer des clips comme ça :

On parle de Datamoshing (qu’on pourrait traduire par bousillage de données) voire même de glitch art (art du bug), le principe étant de réinventer les transitions vidéos par la génération d’erreurs visuelles inattendues… Une sorte de sérendipité appliquée à la réalisation vidéo. La technique permet de faire naître de la fusion de deux images une troisième image « surprise ».

Kanye West s’y était essayé avec son clip Welcome To Heartbreak, mais il semble que c’était une première et dernière fois ! En février 2010, Les Cahiers du Cinéma nous gratifiaient de cette phrase à méditer : « Le datamoshing sans rythme ni regard, c’est juste du moching« . Avis aux amateurs…

Enfin, voici le dernier volet de notre triptyque néo-psychédélique : le photo-graphisme. S’il s’agit de la méthode psychédélique visuellement la plus acceptée, ce type de montages reflète néanmoins la volonté de transcrire par le dessin ou le graphisme ce que la photographie seule n’arrive pas à rendre : une réalité complexe à saisir. L’apparence torturée du visuel qui en résulte permet de concrétiser la part d’imagination qui entre dans une partie de nos perceptions. Par opposition à la retouche qui transforme, le photo-graphisme complète et fait émerger différents niveaux de lecture dans les images produites. La fracture réel/virtuel est rendue instantanément identifiable et autorise un voyage psychédélique entièrement balisé.

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Bien que ce courant soit d’une taille encore négligeable aujourd’hui, il ne faut pas pour autant penser qu’il est insignifiant. Après tout, le néo-psychédélisme pourrait bien faire l’objet d’un revival fulgurant comme psychédélisme « sage ». Figure de proue d’un graphisme extrême et empreint de nostalgie, il symboliserait le contre-courant « sain » à l’invasion incontrôlée du virtuel, incarnée par la montée en puissance de la Spatially Augmented Reality (cf le carnet du D.A. précédent), dans nos vies.

En effet, quoi de plus irréel que l’imagerie psychédélique et que de plus réel que les hallucinations?

I hope I made my point… Et maman, je t’assure, en 2011, la pizza aux champi c’est fini !