La semaine passée avait lieu la deuxième « design week » de Paris. Sept jours rythmés par de nombreux événements/ vernissages/ happenings à travers la première ville de France et qui me donnent l’occasion rêvée de vous parler de cette institution qu’est « l’élection » annuelle d’une capitale mondiale du design et, en particulier, du lieu qui a été choisi pour assumer ce rôle en 2012 : Helsinki.

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Helsinki est une ville fascinante, à bien des égards. Cité multifacettes, ovni nord-européen vivant bien souvent injustement dans l’ombre de Stockholm et Oslo dans nos esprits, on en vient à oublier, souvent, que la Finlande n’est pas un pays scandinave. Certes, fortement imprégnée des cultures suédoise et russe (puisqu’elle a été, successivement, une province d’un pays puis de l’autre), la culture locale n’en est pas moins atypique et unique dans tous ses aspects. Et l’art local ne fait pas exception.

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C’est peut-être pour cela que cette belle du nord est devenue, en l’espace de quelques années, une « place to be », briguant même la première place de plusieurs classements des endroits où il fait bon vivre. Ainsi, bien que je ne puisse prétendre être une experte ès art finlandais, je vais tenter de balayer, à travers cet article, l’histoire artistique moderne de ce pays et l’influence que ce dernier exerce, en particulier, dans le domaine du design.

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En premier lieu, il faut savoir que lorsqu’on se promène dans les rues d’Helsinki, on réalise immédiatement que cette ville est, en elle-même, une oeuvre d’art. De la gare centrale, véritable vestige de la fin de la période de domination russe, en passant par le musée Kiasma, imaginé par l’architecte Steven Holl, aux trois cathédrales, symboles d’un certain multiculturalisme ou encore aux bâtiments tels que la Maison de la Culture dessinée par Alvar Aalto, tout semble, dans cette endroit, être une déclaration d’amour aux belles formes. Mais il y a une forme artistique, en particulier, dans laquelle ce pays excelle : le design.

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Et il me semble judicieux d’entrer en matière en vous parlant de ce fameux Alvar Aalto. Véritable héros national, grand pape de l’architecture et du design « made in Finland » et père fondateur du courant « organique » (par opposition au design industriel qui sévissait au début du XXe siècles), ses oeuvre se sont imposées, au fil des ans, comme des classiques du genre. Que ce soit le vase Savoy (conçu avec la marque locale Iitala), les tabourets stool abondemment copiés par tous les fabricants de meubles ou ses oeuvres architecturales, dont la plus célèbre est probablement le palais Finlandia, son travail est partout, jusque dans les recoins des logements étudiants les plus miteux.

 

Vase Savoy

tabourets stool

Finlandia

 

Ayant, moi-même, vécu quelques mois dans la capitale finlandaise, j’ai pu vérifier ce paradoxe. Si l’organisme de logement se disait que partager 90m2 à 6 et se doucher dans une salle de bain qui se résumait à… la douche… était plus que convenable, il était inenvisageable que ma chambre ne soit pas équipée d’un fauteuil du Maître! J’avais donc mon fauteuil 406. Rien qu’à moi. Vendu environ 1500 dollars dans le commerce. Bon, on m’avait sûrement installé la version-démarque d’un « vendeur-de-meubles-suédois-dont-le-nom-commence-par-I-et-fini-par-A ». Certes…

Mais le design finlandais ne se résume pas qu’à Aalto. Par exemple, parmi ses contemporains, on retiendra un artiste comme Eero Aarnio très connu pour sa ball chair et sa pastil chair.

 

Ball Chair

 

Pastil chair

Il faut dire que là-bas, le design est plus qu’une forme d’expression, c’est un art de vivre. On vante souvent l’esprit pratique des peuples scandinaves. En Finlande, il y a ce petit grain de folie en plus, ces formes et ces couleurs qui sont là comme pour droguer les finlandais à la bonne humeur quand l’hiver se fait long. Et l’exemple parfait de cet état d’esprit, c’est la marque Marimekko. Créée par Armi Ratia dans les années 1950, la marque a fait des couleurs vives, motifs audacieux et coupes franches son identité profonde. Depuis plus de 60 ans, Marimekko produit des tissus, de la décoration d’intérieur mais aussi des vêtements, ses plus ferventes admiratrices allant de Jackie Kennedy à Sarah Jessica Parker. Mais l’entreprise locale, au-delà des velléités fashion, s’est façonnée, au fil des ans, une réputation de dénicheuse de talents, offrant un terrain de jeu idéal pour les designers ne demandant qu’à être reconnus. Ainsi, parmi les nombreux artistes finlandais qui sont passés par les bancs de Marimekko, on peut évoquer la talentueuse Maija Isola, créatrice du motif le plus célèbre de la marque : Unikko.

Unikko

Mais l’entreprise s’applique également à introduire régulièrement une touche d’exotisme dans ses créations en allant débaucher les meilleurs talents internationaux. Ainsi, dans les années 70, deux grands designers textiles japonais, Fujiwo Ishimoto et Katsuji Wakisaka, ont rejoint les rangs de Marimekko. C’est à eux que l’ont doit, en autres, « BoBoo », un des motifs les plus populaires de la marque. On peut également souligner ses collaborations avec le designer industriel suédois Björn Dahlström (qui a longtemps travaillé pour des marques comme Ericsson et Scania) ou, plus récemment, avec Converse. En effet, en 2011, la marque américaine a lancé une collection capsule en reprenant quelques uns des motifs les plus emblématiques Marimekko.

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Bref, au fil des décennies, la marque s’est imposée comme une institution nationale au point que vous ne trouverez probablement pas un seul foyer finlandais qui ne contienne au moins une de ses pièces.

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On pourrait continuer à énumérer toutes les entreprises qui se sont faites les ambassadrices du design local mais la liste est si longue qu’un article ne suffirait pas. C’est pourquoi, je me contenterai simplement d’en évoque quelques unes comme Iittala, société spécialisée dans le verre et productrice, comme évoqué plus haut, du vase Savoy, créé par Aalto en 1936 mais aussi des oiseaux soufflés inventés par Oiva Toikka (dont un certain Paul Smith raffole) ainsi qu’Arabia, le producteur national de céramiques, si impliqué dans l’art que ses anciennes usines ont vu naître Arabianranta, quartier abritant désormais l’Helsinki University of Art and Design.

Oiseau en verre soufflé – Iittala

On voit donc que le design fait réellement partie intégrante de l’identité mais aussi de l’économie nationale en Finlande et que, si Helsinki a été choisie pour être l’ambassadrice de cette forme artistique cette année, c’est aussi probablement car l’influence que le design finlandais au sens large exerce dans le monde est considérable. Ainsi, s’il est de notoriété publique que Nokia est (et sera toujours, probablement) le meilleur représentant de cette capacité à marier belles formes et performance technologique et économique, n’oublions pas, par exemple, les longues heures passées les fesses vissées sur des tabourets stool dans notre enfance, celles perdues à découvrir les aventures des Moomins ou, pire, à jouer à Angry Birds sur nos iphones.

les Moomins

 

Alors oui, la Finlande, ce pays de seulement une dizaine de millions d’habitants et sa capitale qui ne paie pas de mine à côté de la brillante Stockholm méritent ce statut de capitale du design. Et si je n’avais qu’un conseil à vous donner, ce serait de sauter dans un avion et d’aller prendre part aux festivités qui battront leur plein jusqu’à fin décembre. Au choix des villes «en fête » : Helsinki, Espoo, Vantaa, Lahti (et son magnifique lac) et Kauniainen qui accueilleront toutes divers événements et expositions. Avec un budget de 16 millions d’euros, la Finlande a mis les petits plats dans les grands, en profitant pour inaugurer de nouvelles structures comme la Chapelle du Silence, immense édifice en bois à l’architecture épurée installée sur la place de Kamppi, en plein coeur d’Helsinki, et il serait bien dommage de se priver d’une telle fête.

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Pour plus d’informations, c’est par ici: http://wdchelsinki2012.fi/en