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Les Archivistes http://www.lesarchivistes.net Blog de veille de tendances orienté marketing, entertainment et sociologie, Les Archivistes.net a été créé par une équipe de digital natives dynamiques qui passent les tendances au crible de leur analyse, parfois acide. Ils viennent apporter un point de vue jeune qui mobilise une large culture pour traiter de divers sujets de manière transversale et profonde. Sun, 14 Feb 2016 17:44:31 +0000 fr-FR hourly 1 http://wordpress.org/?v=3.4.2 Le Monde, c’est déjà demain : Tintin au pays du futur http://www.lesarchivistes.net/le-monde-cest-deja-demain-tintin-au-pays-du-futur/ http://www.lesarchivistes.net/le-monde-cest-deja-demain-tintin-au-pays-du-futur/#comments Tue, 16 Apr 2013 10:13:39 +0000 Neil http://www.lesarchivistes.net/?p=6751

Le 12 avril, la régie du groupe Le Monde, M Publicité, présentait à ses annonceurs sa plateforme « multi-écrans pour multi-usages », sous le titre poétique de « Le Monde, c’est déjà demain ».
Louis Dreyfus, président du directoire du Monde, Natalie Nougayrède, ex-grand reporter et nouvelle directrice du Monde (c’était sa première prise de parole publique, venant de succéder à Erik Izraelewicz décédé en novembre), Isabelle André, PDG du Monde Interactif et Corinne Mrejen, Directrice de M Publicité, se sont succédés pour faire un état des lieux du numérique dans le groupe de presse ainsi que des innovations en cours d’élaboration. Voici un résumé de cette présentation, que j’ai complété d’informations glanées lors de la présentation de la nouvelle zone abonnés du Monde du 4 avril.

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Louis Dreyfus commence par une note enthousiaste. La marque Le Monde n’a jamais été aussi forte, car tous supports confondus, le groupe totalise plus de 11,3 millions de lecteurs par mois. Les moins de 35 ans représentent 35% de la totalité de ce lectorat mais comptent pour 60-70% des audiences sur le mobile et via les réseaux sociaux. L’ensemble de cette audience est de 10 ans plus jeune que celle du Figaro. L’audience mobile et tablette se hausse jusqu’à 27% de l’audience totale, soit 10% de plus que la moyenne de la presse nationale française. Louis Dreyfus indique également un niveau de rentabilité unique du groupe, validant devant les annonceurs le modèle économique du Monde : 70% de contenus gratuits et 30% de contenus payants. C’est alors l’occasion de présenter les deux grands axes de développement du groupe : contenu et innovation. Le président du directoire insiste sur la volonté de sortir de la crise par le haut. Alors que celle-ci pousse ses concurrents à licencier, réduire les équipes de rédaction… le board du Monde s’est engagé à investir dans ses équipes, notamment la rédaction.

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Natalie Nougayrède enchaîne : « notre obsession, c’est le contenu ». Le Monde doit s’ancrer dans le numérique pour rayonner sur tous les supports, qui doivent être au service de la marque. Elle détaille une démarche éditoriale fondée sur trois niveaux de temporalité de l’information : le temps réel, le quotidien et le temps long (en prenant pour exemple la frise chronologique éditorialisée disponible dans la zone abonnée du journal). Elle en profite alors pour annoncer que le 29 avril sera lancé un cahier économique quotidien, bimédia (papier et web). Axé sur les territoires de la mondialisation et mutations économiques, il tentera de mieux répondre à la demande croissante d’information des lecteurs dans un monde où l’économie se transforme de manière accélérée et imprévisible. On apprend également qu’une équipe éditoriale enrichie de correspondants et de spécialistes technologie et médias y sera dédiée et que le lancement de ce cahier sera accompagné d’une campagne promotionnelle plurimédia de 3,2 millions d’euros. Enfin, la directrice de la rédaction termine sur l’importance du lifestyle au Monde depuis 2011, en abordant les thèmes du design, de la mode et de l’automobile dans le magazine M et son application iPad dédiée. Elle évoque aussi une corrélation positive entre le revenu du lectorat et la pénétration de la marque Le Monde.

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Frise chronologique éditorialisée (de 1944 à nos jours)

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Isabelle André, de la direction du Monde interactif insiste sur l’importance des nouveaux formats de traitement interactifs de l’information, notamment la datavisualisation et les infographies, mais aussi la vidéo. En effet, des chaînes ont été lancées sur Dailymotion, qui totalisent plus de 3 millions de vues par mois avec plus de 30 vidéos par jour. Mais la volonté d’aller plus loin est là : elle annonce le lancement d’une chaîne Le Monde TV pour le 15 avril, avec l’objectif de tripler les vues.

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Egalement, elle revient sur Le Monde Mémoire, un nouvel écosystème d’applications, un nouveau format d’édition, dont le premier opus était dédié à une biographie détaillée de Stéphane Hessel, dans laquelle était intégré son essai Indignez-vous. La nouvelle zone abonnés, présentée la semaine précédente, n’est pas en reste en termes d’innovations. L’abonné a accès à toutes les archives du journal depuis 1944 (éditorialisées sous forme de frise chronologique), une carte interactive présentant les correspondants du Monde à l’étranger et l’actualité qu’ils traitent (créée en partenariat avec la start-up Mapbox) ainsi que deux fois plus d’informations que le lecteur non-abonné. Un nouveau format de journal électronique, appelé JTE (Journal Tactile Enrichi) est à paraître le 13 mai. Repensé pour les tablettes de plus de 7 pouces en termes d’ergonomie, de navigation et d’intégration de contenu, il reproduira en partie l’expérience du journal papier selon le principe du skeuomorphisme.

Présentation du Journal Tactile Enrichi

Enfin, un laboratoire, dirigé par Nabil Wakim et Julien Laroche-Joubert a été mis en place, pour former les rédactions et travailler sur les nouveaux usages et formes narratives. Il semble d’autant plus nécessaire que 18% des lecteurs du Monde disposent d’une tablette, qui change la perception et l’expérience de l’information au quotidien. A cette fin, Le Monde a développé des applications sur iOS (+12% de visites), Android (+169% de visites) et sur Windows 8. On apprend d’ailleurs que l’application pour iPad avait été créée avant même que la tablette n’arrive en France (ce qui est quand même plutôt beau gosse). Quant à l’appli M, qui est la seule application française de magazine lifestyle hebdomadaire, elle a été téléchargée plus de 200 000 fois depuis son lancement.

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Carte interactive du Monde : la dimension internationale

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Corinne Mrejen, directrice de la régie M Publicité conclut ce rendez-vous sur le thème de l’obsession du lien. Elle présente les efforts constants de la régie de lier formats publicitaires et contenus, et ce malgré la démultiplication des points de contact entre le lectorat et l’information. Elle présente un customer journey du lecteur : le Monde est passé de 3 à 10 écrans, et les mobiles et tablettes comptent à eux-seuls 4 prime times dans une journée (cf. présentation). Après la présentation d’opérations de brand content, elle conclut sur le rôle des données, qui leur permettra de passer du media planing à l’audience planning, pour proposer du contenu toujours plus personnalisé aux lecteurs, quel que soit le support de lecture. Dès septembre, la régie proposera à ses annonceurs une offre « data » qui leur permettra l’accès à 30 profils d’audience.

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A la fin de cette présentation, le public d’annonceurs et de journalistes semble plutôt conquis. La clarté de l’offre et la connaissance manifeste de l’audience et des usages, ainsi que l’apparente aptitude au changement, donne un autre visage de la presse française. En espérant que le laboratoire et le studio vidéo seront investis et dirigés de manière à pouvoir expérimenter sans être soumis à la pression du court terme ou à l’inverse, être trop déconnectés de la réalité de la société (numérique ou non) et de sa perception de l’information. Enfin, on peut se demander comment sera abordé ce tournant d’un point de vue humain et de management, même si cela n’a pas été abordé lors de la conférence. Comment concilier le traitement de l’information sur les trois temps évoqués ? Quels profils faut-il recruter pour créer ces nouveaux formats interactifs et vidéo ? Comment établir un dialogue permanent entre une régie toujours plus intégrée et la rédaction, pour mettre en place des dispositifs immersifs de brand content ? Et imaginer le futur de l’expérience de lecture, que ce soit sur un écran tactile ou peut-être même… des lunettes ? Vous pouvez retrouver les détails de la prise de parole dans la présentation Slideshare de M Publicité ci-dessous.

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Il est pas foutu mon blogging ? http://www.lesarchivistes.net/il-est-pas-foutu-mon-blogging/ http://www.lesarchivistes.net/il-est-pas-foutu-mon-blogging/#comments Thu, 21 Mar 2013 11:03:41 +0000 Neil http://www.lesarchivistes.net/?p=6712

« Ferme les yeux sur mon radio réveil puis réfléchis comme un défaitiste, Tourne sans arrêt dans mon lit, J’essaye de trouver la bonne position. Cinq heures du mat j’ai des frissons. »

Ça sonne comme « J’ai pas sommeil », un hommage intimiste de TTC à Chagrin d’amour. Je n’ai pas sommeil. Pas la force de m’endormir ni d’écrire. Un sentiment d’échec cinglant après une énième tentative de rédiger ce papier si prometteur. Sujet génial : original, pile dans la ligne éditoriale du blog. Deux semaines que je bassine mon entourage et le reste de l’équipe avec, sans arriver pourtant à aligner les mots sur WordPress. Mon clavier est-il en panne ? Certainement pas. Mon cerveau, alors ? Je n’en suis pas convaincu. Ma motivation ? Je pense qu’on se rapproche. Il est foutu mon blogging ?

Loin d’être un aveu de faiblesse ou une plainte, je préfère considérer ce papier comme une réflexion globale sur ma démarche de blogueur et la situation du blogging aujourd’hui.

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Trois ans. En temps internet, ça fait un sacré bail. Je n’oserais pas me targuer d’être arrivé dès la préhistoire du blogging français, loin s’en faut. Les Bien Bien Bien, Blogothèque, Monsieur Lâm et autres étaient là bien avant. Autres temps, autres moeurs. Depuis, l’écosystème des blogs a énormément changé. La blogosphère française a considérablement pris du volume. Ceux qui trustent le top blog eBuzzing aujourd’hui n’existaient pas à l’époque et certains de ceux qui trônaient alors ne sont plus que l’ombre d’eux-mêmes ou ont disparu. On pourra remarquer qu’aujourd’hui, plus personne ne consulte ce classement alors que fut une époque, la plateforme attribuait parcimonieusement l’exclusivité de sa publication mensuelle aux blogueurs qui trustaient le haut du classement.

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Les rédactions web de grands organes de presse, généralistes ou spécialisés se sont musclées, diversifiées, ont parfois même du budget (je vois d’ici les journalistes râler en invoquant le manifeste de XXI et « Je n’ai pas signé pour ce journalisme web »). Certaines ont développé leurs propres outils et produits. Les pure players ont pris de l’assurance, de Mediapart à Numerama en passant par Rue89, feu le bien-aimé Owni ou même Madmoizelle, et ont déployé leurs propres écosystèmes de blogs et forums, offrant de la visibilité à des intervenants extérieurs, construisant de vraies plateformes sociales s’adressant à des communautés. Des sites avec des moyens, des objectifs, une démarche professionnelle, un business model, se sont mises à tourner à plein régime. Beaucoup de blogs et magazines en ligne se sont alors professionnalisés à leur tour, comme la Réclame ou le Tag parfait. Fait amusant, nous recevons une bonne dizaine de candidatures spontanées par an, pour des emplois et des stages, tantôt pour des jobs de graphiste, de rédacteurs ou même carrément adressés aux « service marketing » ou « département RH » des Archivistes, alors que nous ne sommes que cinq rédacteurs, accueillant de temps à autres des chroniqueurs exceptionnels. C’est suffisamment récurrent pour être révélateur d’une certaine perception des blogs.

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De l’autre côté, les lecteurs ont développé un intérêt pour de nouveaux formats : la vidéo a pris une part considérable dans la totalité des contenus vus sur Internet et le microblogging a littéralement explosé. On pourra aussi mentionner l’engouement pour les infographies. A travers l’essor de Twitter, Tumblr et Pinterest, les internautes promeuvent un intérêt pour une actu chaude, visuelle, courte et facile à consommer. Pour utiliser des gros mots, le marché connaît une croissance organique en même temps que les outils à disposition des créateurs de contenus évoluent.

Arbitrer devient de plus en plus difficile. Le flux d’actualités est devenu un torrent, puis un fleuve. A partir de quand une information mérite-t-elle d’être reprise, analysée, comparée à d’autres épiphénomènes ? Ne vais-je pas être old ? Et si je décide de passer outre le fait d’être oldé, mon analyse aura-t-elle suffisamment de valeur ajoutée pour contrecarrer l’obsolescence du sujet ? Si je ne me soucie plus d’être lu, alors la catharsis d’une réflexion peut très bien se faire au travers d’une discussion. Nous sommes pris dans l’étau des sites de presse et le quotidien du temps réel, du microblogging, de tweets, de lol en barre, de Tumblr de reaction gifs. La joie de l’entre-deux.

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Vient s’ajouter un phénomène intéressant qui accompagne la professionnalisation du web : l’évolution des outils de communication sur les réseaux sociaux. Au commencement, un flux RSS suffisait amplement. Puis on s’inscrivait sur Wikio. Puis une page Facebook. Un compte Twitter. Un Tumblr. Pinterest. Google +. Instagram. Bientôt Pheed, Vine… ? Il faut être partout tout le temps pour être lu et communiquer te prend presque autant de temps que d’écrire. Si tu n’écris pas au moins de façon hebdomadaire et ne te manifeste pas, ne serait-ce qu’en relayant du contenu que tu n’as pas produit (aïe l’ego), tu es englouti par le flux des autres.

Facebook a également réussi à nous priver de quelque chose d’assez fondamental : toucher sa cible. Un post sur notre page touchera 20% de notre audience au grand maximum si on ne met pas de billes dans un compte Facebook Ads. Foutu EdgeRank, tu es venu rompre le charme qui opérait gentiment depuis 2 ans et demi. Sans compter qu’aujourd’hui, il existe des pages Facebook pour à peu près tout et n’importe quoi. Les nouveaux blogs ont même la prétention de communiquer avant d’avoir écrit ne serait-ce qu’un papier. On tease, on re-tease. On promet, on agite les bras. Ils ont bien chopé le truc, les bougres. Ils se lasseront.

Se retrouver dans un fil d’actualité aux côtés du Monde, Barack Obama, Toutes les putes iront en enfer et Boo le petit chien, ça ne permet pas vraiment de créer de la préférence. Et pourtant, si tu n’y es pas, tu es mort, tu ne peux pas compter uniquement sur ton flux RSS. Et encore moins depuis l’annonce de la fin de Google Reader. A quelle heure poster pour toucher le plus de monde ? Reposter 3 heures après la publication ? Poser des questions ? Publier le week-end ou pas ? Tu dois maîtriser Facebook à un niveau professionnel. Sauf que tu n’es pas community manager. Ou que tout simplement, ça ne t’intéresse pas d’y consacrer du temps. Et encore, je ne parle pas des réseaux sociaux qui développent des activités de recommandation : Twitter, son onglet « Découvrir » et ses e-mails quotidiens « ce que vous avez manqué aujourd »hui », Facebook et ses pages recommandées et Linkedin avec son contenu éditorialisé provenant des plus grands influenceurs des affaires et de la politique.

Mais passer pro n’a jamais été notre intention. Nous voulons écrire pour le plaisir, mais sommes quand même soumis à la pression de la quantité, du « turnover ». Qui dit volume dit notoriété dit volume, etc. Et qui n’avance pas recule.

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Enfin, il y a nous. Au départ tous étudiants, nous avions une grande énergie, du temps disponible, des emplois du temps qui concordent. Nous voyons le blog comme un moyen de faire avancer des projets (ici et ). Progressivement évoluant vers la vie active, différents métiers, objectifs, et à court de ressources, happés par le quotidien. Le voile d’une certaine candeur est aussi tombé, à force de se frotter au marché du travail. Parle-t-on de marketing avec autant d’entrain une fois qu’on en a goûté toutes les saveurs, même les plus amères ? Celles des mauvaises pratiques au quotidien, du prosaïsme de l’agence, de la start-up, du média. On n’a plus le même regard et une fois rentré chez soi, on n’a qu’une envie : décrocher. Travailler dans la communication m’a aussi permis de passer de l’autre côté du miroir, voir comment étaient considérés les blogueurs : qui est influent ou pas ? Selon quels critères ? Ce qu’on en attend alors qu’eux, n’ont rien demandé. Sans même parfois se donner la peine de les lire. Et se rendre compte qu’aujourd’hui, un tweet a tout autant de valeur qu’un article de 3000 mots.

Eh, oui, on ne va pas se mentir ! Je ne monétise pas, ne publie pas d’articles sponsos ou de concours pour gagner des friteuses. Mais pourquoi écris-je ? Pour en retirer quand même un minimum de reconnaissance. L’éternel équilibre contribution-rétribution. Sinon, j’écrirais dans mon journal intime. On pourra aussi ajouter à cet argument la réticence, au bout d’un moment, à rendre disponibles des réflexions, qui prennent parfois des heures, voire des jours à élaborer, construire, mettre en page, gratuitement, alors que celles-ci bénéficieront à des professionnels (et je l’ai moi-même fait) alors qu’elles ne nous serviront pas à vendre une compétence derrière. Certains billets dénotent d’une certaine démarche journalistique ou d’étude : données exclusives, interviews, comptes-rendus de conférences… Arrivé à un certain point, je préfère garder des informations durement amassées pour mon bénéfice personnel ou des missions que je réalise pour mon employeur ou des clients.

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Encore une fois, vous me pourriez me rétorquer que je n’ai qu’à en faire mon métier. Et vous auriez raison, car cette pensée m’a bien plus qu’effleuré, et ce, maintes fois. Mais je n’ai aucune envie de devenir blogueur professionnel. De me consacrer nuit et jour à ce blog et de me griffer les joues quand ma régie pub m’annonce un taux de clic en dessous des prévisions ou que je dois absolument boucler un nombre donné d’articles par jour. Alors, on fait quoi ? On vire en planche à LOL comme Brain ? On construit une agence derrière (ne rigolez pas, on me l’a proposé plusieurs fois) ? On met de la pub ? On monte une agence de blogueurs ? On vend des billets sponsorisés ? On change de ligne éditoriale ? On n’écrit plus ? Et croyez bien que compte tenu de tout ce que viens de vous raconter, j’ai hésité à cliquer sur Publier, une fois de plus. Pour l’instant, on s’assoit et on attend, en ayant toujours à coeur de vous plaire.

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Nouveaux médias, nouveaux publics, nouveaux modèles : entretien avec Alexandre Malsch, DG de Melty Network http://www.lesarchivistes.net/nouveaux-medias-publics-modeles-interview-alexandre-malsch-melty-network/ http://www.lesarchivistes.net/nouveaux-medias-publics-modeles-interview-alexandre-malsch-melty-network/#comments Wed, 13 Feb 2013 10:18:36 +0000 Neil http://www.lesarchivistes.net/?p=6638

Les jeunes seraient-ils la bête noire des médias français en 2013 ? Presse aux abois, dont les feuilles de choux n’attirent guère les ados, pouces rivés au smartphone, télévision qui passe par le purgatoire Internet à grands coups de mots-dièses… « FAUX ! » s’écrierait un jeune Youtubeur. MeltyNetwork en est la preuve vivante. Depuis 2008, le groupe média intégré séduit toujours plus de jeunes, d’investisseurs (moins jeunes) et affiche une croissance annuelle à trois chiffres. Avec plus de neuf plateformes, un studio de production, des envies d’expansion européenne et plus de dix millions de visiteurs uniques chaque mois, ses fondateurs semblent avoir trouvé la formule miracle. Nous avons posé quelques questions à Alexandre Malsch, 27 ans, co-fondateur et Directeur Général de MeltyNetwork sur la fondation du groupe et sa stratégie pour les années à venir.

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Les Archivistes : Peux-tu nous résumer l’historique de MeltyNetwork ?

Alexandre Malsch : A 15 ans, j’avais le projet de monter un site pour les jeunes. J’ai revendu une première boîte à Adverlive, puis je suis entré à Epitech où j’ai rencontré mon partenaire Jérémy Nicolas. En deuxième année, nous sommes devenus profs et avons arrêté les cours en accord avec la direction d’Epitech, pour monter une plateforme qui s’appellait Shape, en 2005. En 2008, nous créions Melty, faisions une première levée de fonds avec Bouygues Telecom Initiatives, puis une seconde avec Pierre Chappaz et enfin une troisième en 2012 avec Serena Capital, Marc Simoncini, Nicolas Plisson et Frédéric Raillard et Farid Mokart. Avec Jérémy, nous sommes tous les deux directeurs généraux. Il travaille sur les produits, et moi sur la communication, le marketing, la régie.

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Jérémy et Alexandre avec Frédéric Raillard

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L.A. : Vous avez commencé comme entrepreneurs étudiants : quelles difficultés ou facilités avez-vous rencontrées du fait de cette situation particulière ?

A.M. : On n’avait pas de thunes, on était jeune, on avait la niaque et on avait réussi à être professeurs avant d’avoir fini nos études.On n’avait pas de salaire confortable, pas de routine. Donc la prise de risque était faible. On a commencé à travailler en 2005 et à se payer seulement en 2009. Hébergés par Epitech, on gagnait entre 300€ et 800€ mois en y donnant des cours : on était les rois du monde.

Il y avait aussi une audace, une vision décomplexée du projet. Beaucoup disaient que nous n’y arriverions pas, qu’un groupe média web avec une régie intégrée, il fallait faire ça il y a dix ans. Après la bulle Internet, l’explosion des super portails… Mais on y croyait. On fonçait comme des dingues ! On a fait deux pivots, failli se crasher plein de fois. Comme nous disent nos mentors : “ils ne savaient pas que c’était impossible, alors il l’ont fait”. Aujourd’hui, Melty est une boîte à créer des sites web géniaux, on a des technos complètement folles… On fait ce qu’on veut parce qu’on se finance. On va se lancer plus en avant dans la production vidéo, tout ça est financé en interne, c’est important que ça ait un côté réaliste.

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L.A. : Aujourd’hui, qu’y a-t-il derrière le nom Melty ?

A.M. : Melty, c’est 9 sites : Melty.fr, Melty Buzz, Melty Food, Melty Campus, Melty Style, Melty Xtrem, Fan2 pour les 12-17 ans, Melty.it, Melty.es. Ça représente 11,7 M de pages vues sur le mois de janvier 2013. Nous avons nos propres technologies, rédactions, serveurs, développeurs, designers et une régie publicitaire intégrée pour nos annonceurs.

On a encore fait une croissance de 100% du chiffre d’affaires en 2012, on prévoit de refaire 100% en 2013. On a fait 1,2 M€ en 2011, 2,4 M€ en 2012 et on prévoit de faire 4,5 M€ en 2013. On est rentable en France, pas encore à l’international parce que ça vient d’être lancé mais on espère l’être très vite.

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L.A. : Pourquoi cette volonté de taille critique en tant que média web thématique pour les 18-30 ans ?

A.M. : Entre le mainstream et la niche, la puissance et l’affinité, c’est le grand écart. Melty.fr est la porte d’entrée, mainstream, sans affinité particulière avec une cible. D’où le développement des verticales thématiques, destinées aux jeunes qui ont des centres d’intérêt particuliers. Nous travaillons en bonne intelligence avec nos annonceurs et en complémentarité avec nos partenaires, la presse de chaque secteur, comme Auféminin, Marmiton avec Melty Food, L’Equipe pour Melty Xtrem… L’écosystème français est suffisamment petit et fragile pour préférer la collaboration à la concurrence. Avec le quotidien gratuit Metro, nous avons lancé la version papier de Melty Campus. Nous apportons la thématique et les sujets qui intéressent les jeunes et Métro nous apporte l’expertise éditoriale de la presse papier. Mais c’est co-produit et co-vendu. Notre régie vend un peu de la version papier et celle de Metro vend aussi un peu sur les sites Melty. C’est très enrichissant car on apprend vraiment les uns des autres.

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L.A. : Lors de votre dernière levée de fonds de 3,6 millions d’euros, fin 2012, tu as déclaré que ton ambition était de “devenir un média global et multicanal”. Qu’entends-tu par là ?

A.M. : Nous considérons aujourd’hui qu’un média est une marque, un label. Donc on se refuse à dire que Melty soit simplement un site internet, c’est une marque qui a plusieurs supports : des sites internet, un journal papier, des sites mobiles, des applications mobiles, sur consoles, sur TV connectées que nous développons aujourd’hui. C’est vraiment notre idée : nous sommes un contenu qu’on diffuse.

Nous poursuivons cette stratégie en développant un vrai studio de production. Nous avons commencé par des docu-réalités : Surf House vient d’être diffusé et nos équipes viennent de finir le tournage de Snow House qui sera diffusé le 15 février 2013. Il sera disponible dans un premier temps sur nos sites, mais il n’est pas exclu que nous le vendions à d’autres plateformes ou même à nos partenaires TV.

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L.A. : Est-ce que vous avez été contactés pour la création des chaînes officielles de Youtube en France ?

A.M. : Nous avons réfléchi à une participation à ces programmes, mais nous pensions ne pas être prêts à produire à l’époque, donc nous n’avons pas déposé de dossier au moment des candidatures.

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L.A. : Quelles expériences et quelles découvertes fait-on quand on travaille sur une cible jeune, voire très jeune ?

A.M. : Nous avons des algorithmes qui nous permettent de savoir ce que les jeunes veulent, nous les perfectionnons en permanence. Nous analysons notamment la manière dont ils perçoivent les réseaux sociaux, la montée en puissance de Tumblr, par exemple. Le fait qu’ils soient de plus en plus nombreux à installer des filtres anti-pub. Mais si tu crées des expériences, si tu les intéresses, tu regagnes ce que tu avais perdu avec ta pub relou.

J’apprends encore énormément sur notre génération, notamment sur un sujet assez important : l’éducation. Le modèle actuel n’est plus le bon, nous sommes ceux qu’on appelle “génération Wikipédia”. Ce qui compte c’est localiser le savoir. Mais c’est encore un signal faible.

Il y a aussi le mode de consommation, toujours plus rapide, plus mobile, qui fait que nous avons des formats extrêmement concis, mais c’est dans la continuité. Il faudrait demander à un rédacteur en chef du Monde d’analyser Melty : il va te dire que c’est une hérésie  (rires) !

Et après, tu as le fait que notre média soit bien plus qu’adapté au web, tout comme la génération à laquelle il s’adresse. Si Melty n’existait qu’en format papier, il ne serait sans doute pas différent des journaux actuels.

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L.A. : Y a-t-il un entrepreneur ou une entreprise qui t’inspire ? As-tu un modèle ?

A.M. : J’aime beaucoup le fonctionnement d’entreprises comme Disney, Abercrombie & Fitch, Quiksilver, Redbull, Canal +, M6, Sony, Microsoft, Apple, Google, Facebook, Yahoo!… Pour ne rien te cacher, avec Jérémy, nous avons un fichier secret dans lequel nous notons toutes les idées observées chez les autres. Nous nous nourrissons à la fois des groupes qui nous inspirent, mais aussi des membres du board. Par exemple, Pierre Chappaz nous explique ce qu’il faisait sur Kelkoo et ce qu’il fait sur eBuzzing aujourd’hui. Nous apprenons et piochons parmi les différents systèmes qui existent. Pour notre système RH, on va faire quelque chose de type Fred & Farid, on va avoir une compta de type Pierre Chappaz… Je crois à deux choses : que rien ne sert d’inventer la roue tous les jours et qu’il faut évoluer constamment. C’est même la base de nos algorithmes qui sont dits génétiques. Nous mélangeons les gènes pour créer Melty, un être unique, qui garde le meilleur de chacun et essaie d’en éviter le pire.

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L.A. : Comment se structure le groupe aujourd’hui ? Et à 27 ans, quel directeur général es-tu ?

A.M. : Nous sommes 44 en CDI auxquels s’ajoutent 4 ou 5 personnes en contrat freelance.

Au début, nous embauchions des potes d’Epitech. Nous avions commencé à créer un noyau avec des personnes comme Julien Palard qui est toujours notre Directeur Techn

ique. Puis nous avons évolué, obtenu plus de fonds et en se développant, il faut apprendre à déléguer. Je suis devenu un mélange de coach, tyran et certains de mes salariés me disent “visionnaire”.

Coach : je dois regrouper le plus de talents possible. Par exemple, à la régie, il y a Rodolphe Pelosse, qui a créé la régie internet de TF1, la régie de Lagardère, puis a été leur directeur du développement des médias. Nous prenons des gens expérimentés mais qui se remettent en question et qui ont une vision. Imaginons qu’on ne prenne que des gens de TF1, transformer Melty en TF1 c’est pas une bonne idée puisque on voit que ce n’est pas le groupe qui fonctionne le mieux aujourd’hui. On se fout des diplômes. On prend des jeunes motivés, passionnés, qui sont capables d’apprendre et de se développer. La politique RH est ultra simple : tu travailleras plus que dans d’autres boîtes et tu seras pa

yé 25% de moins mais tu seras sur un vrai projet qui te permettra d’évoluer s’il fonctionne.

Après t’as le côté tyrannique. Je demande à voir tout ce qui se passe dans la boîte. Les reportings sont très bien faits, ce qui me permet d’avoir un très beau suivi et de recadrer les projets par rapport à la stratégie.

La partie dite visionnaire : fédérer ces énergies pour créer le Melty de 2016, pour anticiper le mieux possible et guider les équipes vers les choix qui me paraissent les plus/moins risqués/rentables, tout dépend du timing. Pour le développement de notre studio de production intégré, il était vital pour un média d’avoir des équipes dédiées, des movie makers. Que ce soit pour nous-mêmes, pour la régie ou pour revendre. On est arrivé à p

roduire de la qualité avec des coûts très faibles et qui marchent très bien sur le web. Si on voulait produire des vidéos dans un format triangulaire, on pourrait. On a nos propres players, CDN, systèmes d’encryptage… Beaucoup d’acteurs sont trop gros aujourd’hui pour pouvoir faire la même chose. On a vendu des habillages en vidéo full HD à nos clients. Jusqu’ici, personne ne l’avait fait et en interne, ça nous a pris moins d’une journée.

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L.A. : Comment gérez-vous le développement à l’échelle internationale ?

A.M. : Je pense qu’il faut que nos outils communiquent entre eux. On ouvre les locaux italiens en avril. Le site est déjà lancé et il marche très bien. On va s’y implanter dès avril et l’inauguration aura lieu en juin. On s’est vraiment inspiré de Fred & Farid, qui ont fait un “bridge” entre Paris et Shanghai. Les français pourront travailler en Italie et les Italiens venir en France. Déjà, chez nous, tous les six mois, chaque personne de nos équipes doit faire une demie journée de Vis ma vie d’un job qui est à l’opposé du leur. Les rédacteurs doivent voir comment vendre de la pub, développer des sites et réciproquement. Aussi, chaque fois qu’on crée une opération spéciale, on prend des rédacteurs, des commerciaux, des développeurs, parfois même notre DAF ou nos assistantes et on se penche tous ensemble sur le brief du client. Ça marche super bien parce que ça crée des solutions qui ne sont pas monolithiques.

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L.A. : Comment te positionnes-tu concernant l’affaire actuelle de Google avec la presse française ? J’aimerais d’autant plus connaître ton avis que tu étais membre du précédent CNN. Et Melty est-il concerné par ces enjeux ? (interview réalisée avant la signature de l’accord entre Google et le gouvernement français)

A.M. : Désengagé très tôt du CNN, je n’ai pas demandé à y revenir. J’y étais entré pour aider les start-ups françaises et je me suis rendu compte que je les aiderais plus en réussissant ma propre entreprise, en montrant l’exemple, qu’en faisant du lobbying.

Chez Melty, on travaille avec Google, on se bat toutes les heures pour être référencés le mieux possible et on voit nos confrères qui disent que pour avoir le droit de les référencer, il faudrait que Google les paie ! C’est le monde à l’envers quand on sait qu’eux-mêmes paient Google ! Le Figaro a 1 million d’euros de budget qu’ils mettent dans leurs assets pour être mieux référencés chaque année. Je ne comprends pas le concept de dire “je suis trop dépendant de quelqu’un alors je veux qu’il me donne de l’argent”. Ça me paraît relativement con et c’est très hypocrite.

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L.A. : En tant que champion des start-ups françaises, quels conseils donnerais-tu à un jeune entrepreneur qui se lance en 2013 ?

A.M. : S’il est jeune, je lui dirais “Fonce !”. Même si tu te plantes, ce sera très enrichissant pour ta prochaine expérience. Il faut se lancer maintenant, c’est dans les années les plus difficiles que les idées les plus disruptives apparaissent.

Il y a deux types d’entrepreneur :

- le visionnaire : il a un projet incroyable… mais il n’a pas compris qu’il fallait payer des développeurs, des designers, des serveurs, faire de la com, payer des stylos, des locaux. Lancer une start-up sans business model aujourd’hui, ce n’est plus possible : tu ne séduiras pas les investisseurs parce qu’il y a moins d’argent aujourd’hui et on n’est plus dans la bulle Internet, le cool du mot start-up ne suffit plus. Troisièmement, ce n’est pas sain !

- à l’extrême, il y a le pragmatique : il crée sa boîte uniquement pour faire de l’argent. Je lui conseillerais plutôt d’aller s’enterrer dans un poste de haut fonctionnaire ou à la régie d’un grand groupe, il fera beaucoup de thunes sans trop se faire chier et rentrera chez lui tous les soirs à 17h. 90% des start-ups ne fonctionnent pas et celle qui réussit, c’est au bout de 5, 7, 9, 10 ans et de toute façon, l’Etat te pique la moitié de ton argent visiblement.

Il faut être celui qui est à mi-chemin. Avoir un vrai projet et comprendre que pour le réaliser, il faut générer de l’argent et savoir s’entourer. Si tu es développeur, trouve des commerciaux, un DAF, et inversement. Il faut un Pourquoi et un Comment. C’est ce positionnement que je conseille d’adopter.

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Alexandre Malsch sur Twitter

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http://www.lesarchivistes.net/nouveaux-medias-publics-modeles-interview-alexandre-malsch-melty-network/feed/ 1
Sam Tarantino de Grooveshark : connard du web et cauchemar du copyright http://www.lesarchivistes.net/sam-tarantino-grooveshark-connard-web-copyright/ http://www.lesarchivistes.net/sam-tarantino-grooveshark-connard-web-copyright/#comments Tue, 05 Feb 2013 14:01:55 +0000 Nicolas http://www.lesarchivistes.net/?p=6565

L’émergence d’un web propre aux offres légales policées et au Facebook/Twitter connect quasi-obligatoire a rendu ce terrain de jeu aussi attrayant qu’un week-end familial à Center Park.  Vos « parcours utilisateurs » et autres « funnels de consommation » sont réglés au clic près, et vos contenus  ne servent qu’à choisir la sauce publicitaire à laquelle vous serez mangés. Avec la fin programmée du pseudonyme, les terrains vagues d’Internet, aux herbes coupantes et aux carcasses tétaniques semblent à jamais oubliés. Rares sont les havres de paix où les internautes s’échangent encore des contenus en marge de la légalité. Grooveshark, le site d’écoute en streaming, cousin de Deezer et Spotify, en fait partie. Mais qui se doute que sa fragile existence est le fruit d’un homme capable de traits de fourberie diaboliques et d’audacieux défis techniques ? Sam Tarantino est un connard du web dont l’histoire mérite d’être contée.

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Internet n’est plus vraiment ce qu’il était n’est-ce pas ? C’est ce qu’on aime se dire et répéter dans les diners en ville. Facebook et Google veulent utiliser votre vraie identité, font la chasse aux faux comptes ainsi qu’aux utilisateurs sous pseudonymes. Hadopi traque les downloads de vos parents et de vos petites sœurs. Cerise sur le gâteau il s’avère que vos instagrams ne vous appartiennent pas complètement. Ils ne serviront qu’à égayer le morne flux de pub que Zuckerberg pousse dans vos timelines égayées par quelque contenu utilisateur. Oui, vous savez, les news de vos amis, savamment distillées entre un statut de marque et le dernier score Puzzle Bubble de votre maman.

Ce qui est mis dans le nuage y reste, et les efforts que vous pourrez déployer pour tenter de les récupérer s’apparenteront à une chasse aux spectres aussi ténus que persistants. Ces internautes disposent-ils encore des moyens de réagir, et de profiter à leur tour de contenus qui ne leur appartiennent pas ? Existe-t-il encore des endroits leur permettant de faire payer au monde cette injustice d’un clic vengeur ?

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Ces sourcils froncés signifient-ils circonspection ou constipation ? Nul ne connaîtra jamais la réponse.

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Megaupload, référence de l’hébergement de fichiers mainstream pas nets a été fermé suite à un raid policier chez Kim Dotcom. Le bouddha bienheureux des échanges de fichiers tente de renaitre de ses cendres et ploie déjà sous le trafic de ses zélotes en délire, la bave écumante aux lèvres et le regard fiévreux. Tous l’alpaguent, le chérissent et le prient comme un dieu :

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« Oh Kim nous t’en supplions, nous les enfants aux joues roses jamais repus de culture, donne-nous notre FLAC de ce jour que nous recompresserons en mp3 afin de les stocker sur nos baladeurs. Nourris-nous de ta substantifique ambroisie, qu’elle coule à torrents de MEGA, notre corne d’abondance, seule et unique source de toute félicité numérique »

-        Lettre des 9gagers aux non-seeders, Chapitre 2, épitre 9.

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Ah, les technos-hipsters ont de quoi frémir. Où est mon internet ? Qu’est-il devenu ? S’est-il éteint avec la dernière diode de nos modems 512 k, dans un ultime éclat blafard, comme le font les étoiles ? Les plus vieux d’entre nous chériront leurs souvenirs devant des documentaires dédiés à Napster. Ils penseront avec émotion à leurs heures d’attente anxieuses, à la merci d’une coupure réseau pour un petit fichier mp3 merdique compressé à l’extrême.

Ils se souviendront de leurs raids sur Audio Galaxy, dans le confort insouciant et ouaté de leur impunité. Fini, terminé disent-ils. Ce temps et révolu. On va devoir souscrire des abonnements, s’acheter des comptes premiums. Payer, pour quelque chose en renonçant aux droits que nous avions acquis sans même les mériter. Pauvres de nous.

Quels recoins du réseau peuvent encore nous faire la promesse d’une jouissance de contenus gratuite et sans entraves ? Il en subsiste quelques uns, et parmi eux, Grooveshark. Un site de streaming de musique en ligne dont l’existence actuelle est une insulte à tout principe de légalité.

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On est bien d’accord, la typo choisie n’est pas tip top.

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Grooveshark’s early days : Malentendu juridique et incurie comptable

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C’est en 2006, sous l’insolent soleil de Floride que débute l’histoire de Grooveshark. Loin de la Silicon Valley californienne ou de la Silicon Alley new-yorkaise, la région du sud des Etats-Unis est un endroit où l’on aime cultiver une certaine forme d’indépendance, du General Lee à nos jours. Deux étudiants, Sam Tarantino et Josh Greenberg, galvanisés par l’épopée Napster et avides de dollars faciles, décident de lancer un réseau de P2P. Ils sont tous les deux musiciens amateurs mais n’ont pas froid aux yeux et se lancent dans l’aventure entrepreneuriale.

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Vous reconnaîtrez que Sam et Josh ont tous les deux un physique de fermier Mennonite.

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Constatant les difficultés légales du très populaire Limewire, ils décident de twister leur idée de réseau d’échange, en permettant de stocker et de streamer sa musique à ses pairs (la diffuser sans leur donner) au lieu de la télécharger.

Leur objectif est simple, le pitch de Tarantino marquant et plein d’ambition : Nous voulons faire pour la musique ce que YouTube a fait pour la vidéo. Ok. Quoi de plus normal de la part d’une personne se décrivant comme « visionnaire » sur le site de sa propre boîte ?

Néanmoins cette astuce va leur permettre de profiter pendant quelques mois d’un certain vide juridique. Grooveshark (à l’époque, Sharkbyte) va jouer le rôle du bon élève, celui de l’alternative légale à Kazaa, Limewire et consorts en se proposant de rémunérer les maisons de disques, et donc les artistes concernés, à l’aide de royalties. Des accords sont vite signés, évitant à Tarantino un premier procès avec EMI en 2009. Seul hic : les labels en question ne toucheront jamais un kopeck. Les gesticulations de Tarantino qui se présente à ses rendez-vous la bouche en cœur ne feront, après quelques mois, plus illusion.

En effet, les abonnements payants et la publicité ne permettent pas au site de vivre. Les fondateurs seront contraints de multiplier les tours de tables et les appels à financement afin de maintenir leur structure à flot. Les maisons de disques ne verront jamais l’ombre d’un bilan comptable fourni par Grooveshark. Nos amis sont poursuivis par toutes les majors (Universal, EMI, Sony, Warner) à la fin de l’année 2011.

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L’abandon des gentils géants

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Devant la pression des majors et flippés par les perspectives de procès longs et coûteux avec des producteurs de contenus musicaux, les géants de la Silicon Valley vont bien vite se désolidariser de Grooveshark. Apple et Google bannissent les applications Grooveshark de leur places de marché respectives en 2010 et 2011 (la version Android a refait surface il y a peu). Facebook aura également l’élégance de supprimer l’application disponible sur le réseau social sans sommation au printemps 2012. Le site n’est plus accessible que sur navigateur et son audience sur mobile disparait corps et biens.

Grooveshark, dedans jusqu’au cou, est forcé de supprimer des milliers de titres du site afin de montrer à ses créanciers sa bonne foi et sa mine contrite d’élève besogneux. La stratégie d’étouffement fonctionne à la grande satisfaction des maisons de disques. C’était là sans compter sur la riposte des amoureux du #partage qui, mécontents et frustrés par un catalogue se réduisant comme une peau de chagrin décident de riposter collectivement.

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Les utilisateurs contre-attaquent : flooding de fichiers et références erronées

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N’oublions pas que Grooveshark repose sur un principe de partage mutuel : le service de musique en ligne se fonde sur l’upload de fichiers de la part d’utilisateurs. Ces derniers vont inlassablement ré-uploader les références et les titres supprimés du site jusqu’à rendre fous les avocats des ayants droits les plus déterminés. Facile de réagir contre quelques utilisateurs isolés, mais que faire fasse à une réelle inondation de titres ? Le staff du site est lui-même surpris et lutte contre ce flooding avec les pires difficultés.

Boule puante supplémentaire : les contributeurs vont volontairement partager leurs fichiers sous des références erronées afin de brouiller les pistes. Exactement à la manière des tarés ayant floodé YouTube avec des pétabytes de contenus pornographiques taggés « Hannah Montana » ou « Jonas Brothers ». Si vous allez faire un tour sur le site, vous verrez par exemple des chansons des Beatles classées comme étant l’œuvre des Beach Boys, ou des albums tenant lieu d’artistes, etc. Un brouillage de piste en règle empêchant les administrateurs du site de trier automatiquement le bon grain légal de l’ivraie délictueuse.

Un bazar tel, qu’il repoussera les utilisateurs non avertis, mais ravira les initiés capables de trouver des fichiers sous les références les plus saugrenues avec un poil d’abnégation. Une profusion qui rappellera à certains les plus belles heures du partage pair à pair et de Radioblog.club : titres mensongers, qualité de son souvent médiocre, mais également de véritables pépites perdues au cœur de la fange s’offrant aux mains des orpailleurs les plus patients. Un grand n’importe quoi qui permet au passage à Tarantino de gagner du temps en se cachant derrière sont petit doigt :

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« Je tiens d’abord à dire que nous respectons le copyright des oeuvres. En tant que service web, nous n’avons pas de liste précise sur qui possède quoi. Cela n’existe pas, et surtout les choses évoluent tout le temps, c’est l’essence même d’Internet. Par ailleurs, nous ne pouvons pas prévoir ce qu’un utilisateur va uploader et nous ne souhaitons pas non plus l’empêcher d’uploader quelque chose. Néanmoins, comme Youtube ou tout autre hébergeur, nous retirons tout contenu ne respectant par le Copyright, dés qu’il nous a été signalé. »

-        Sam Tarantino interview donnée au Journal du Net article du 19/06/2012

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Internet, cette grosse tranche de Papy Brossard

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Les utilisateurs du site n’ont pas été les seuls affairés à chercher des détours pour diffuser du contenu. Tarantino va véritablement gagner ses galons de connard du web en demandant aux développeurs de chez Grooveshark de créer plusieurs outils permettant l’accès à la musique disponible sur le site sans avoir besoin de Google, Apple ou Facebook. Un véritable pied de nez aux dispositifs établis par les meilleurs architectes du web, maîtrisant chacun une facette de cette grande tranche de marbré que constitue internet.

Grooveshark allait tout simplement essayer de faire la nique aux leaders du web social (le contenu consommé via les réseaux partagés avec des amis), du web applicatif (l’accès direct mais restreint au contenu poussé dans notre mobile), en passant par celui du web ontologique (le contenu accessible par recherche de mots clef).

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Qui se souvient encore du dessin animé Street Sharks ?

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Il s’agit ici de tordre les contraintes techniques et la ribambelle d’usages développés par les internautes depuis le début des années 2000, tout simplement.

Ce tour de force audacieux passera par une application .net permettant d’écouter sa musique sur son ordinateur sans avoir à passer par un navigateur. Du côté du mobile, les développeurs ont conçu une web app HTML 5 accessible de n’importe quel navigateur fonctionnant aussi bien sous iOS qu’Android. Grooveshark devenait donc accessible depuis n’importe quel terminal relié à Internet. Le cadavre a tressauté, la bête respire toujours, et ceci en partie grâce à ce connard de Tarantino.

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Cette belle histoire faite de coups fumeux et d’ingéniosité tordue nous montre que l’internet qu’on aime existe encore. Qu’il se trouve là, sous chaque pierre, chaque caillou. Il ne tient qu’à vous de vous donner la peine de les retourner, voire d’en jeter sur les parterres fleuris de Google, Apple et Facebook.

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La culture skateboard: retour sur le devant de la scène underground http://www.lesarchivistes.net/la-culture-skateboard-retour-sur-le-devant-de-la-scene-underground/ http://www.lesarchivistes.net/la-culture-skateboard-retour-sur-le-devant-de-la-scene-underground/#comments Fri, 25 Jan 2013 08:00:07 +0000 Claire http://www.lesarchivistes.net/?p=6531

copyright Hugh Holland

 

Il faut que je vous avoue quelque chose: j’aime le skateboard. Bon, il ne faut pas pousser mémé dans les orties non plus, je ne suis pas très pratiquante. Je reste quand même une petite meuf qui n’a pas envie de finir comme ça, hein. Bref, à défaut de me balader planche aux pieds, j’ai développé une tendance mono-maniaque qui m’a poussée à explorer de fond en combles la baraque skateboard. Le truc c’est que, bien que cette discipline soit plutôt jeune, on parle ici plus d’un château (du genre Ecossais, avec passages sous-terrain et tutti quanti) que d’un pavillon de banlieue. Il y a donc énormément de choses à dire sur ce milieu, son histoire, ses codes : probablement de quoi écrire au moins l’équivalent d’une saga Harry Potter… Et c’est pour cette simple et bonne raison que cet article va se concentrer sur une tendance spécifique et de plus en plus marquée : le grand retour (sous les sunlights des tropiiiiiques) de la culture Skateboard.

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Un peu d’histoire

Avant toute chose, il vous faut noter une information importante, c’est que depuis sa naissance, le skate est un sport dont la cote de popularité pourrait rappeler celles de nos politiques, faisant constamment le yoyo entre hype et retour de bâton. C’est vraiment une spécificité propre à ce sport et je vous demanderai de bien vouloir garder cela à l’esprit tout au long de cet article.

Bref, faisons un petit voyage dans le temps et retournons aux années 50 pour être précise : des surfers s’emmerdent sec entre deux vagues et, décidant de trouver un moyen de transposer les sensations de glisse qu’ils affectionnent tant sur la terre ferme, ils fabriquent tant bien que mal ce qui seront les premiers skateboards (pas très fiables, ils y ont laissé un peu de viande sur les trottoirs). Malgré un petit pic de popularité au milieu des 60s, il faudra cependant attendre 1975 pour arriver à la première date marquante de l’histoire du skate. En effet, le quartier de Dogtown (Santa Monica) voit alors naître les premières d’une longue lignée de légendes : les Z-Boys (retenez Adams, Alva et Perralta, s’il vous plaît).

C’est ensuite en 1978 que le tout premier trick (le ollie) est inventé, d’après le surnom de son géniteur.

Après ces quelques années de gloire, le skateboard va connaître sa deuxième traversée du desert, effectuant son grand retour dans les années 80 avec Stacy Perralta, cette fois-ci aux commandes de Bones Brigade, l’équipe de la marque Powell-Perralta qui révélera, entre autres, Tony Hawk, Steve Caballero et Rodney Mullen (la référence sur skate freestyle). C’est alors l’heure de gloire des skaters de rampes.

Si vous voulez en apprendre plus sur ces deux crews légendaires, monsieur Perralta a plutôt pas mal réussi sa reconversion en tant que scénariste des films Lords Of Dogtown et, plus récemment de Bones Brigade : An Autobiography.

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les Bones Brigade du temps du skate protégé

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Mais voilà, au début des 90′s, le milieu se prend de nouveau une bonne claque et le skateboard et particulièrement le vert skate tombent de nouveau en « disgrâce ».

Cela va ainsi laisser un vide qui sera assez vite comblé par l’essor du street skate en même temps qu’une radicalisation de ses « pratiquants ». En effet, si le skate a toujours été associé à une culture fondamentalement underground, c’est vraiment dans les années 90 que le cliché des skaters punk, voyous, drogués, bêtes et méchants, en somme, va émerger. Tout ces préjugés vont alors être personnifiés et cristallisés dans un personnage devenu emblématique, celui de Telly dans Kids (de Larry Clark).

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Mais voilà… Papa et maman n’aiment pas trop savoir que leur petite fille de 14 ans risque de se faire défleurer par « un vilain skater séropositif  » et la popularité du sport va de nouveau se retrouver en berne. Bon, peut-être que les médias de masse, Sum 41 et Avril Lavigne y sont un peu pour quelque chose aussi. Parce que parallèlement à cela, ESPN va créer LA grande messe des riders, à savoir les X-GamesHawk a été médaillé « juste » quinze fois, ce qui l’a pas mal aidé à (sur)vendre des jeux vidéos et autres conneries qui l’ont certainement rendu très riche mais ont aussi contribué à faire du skate un truc un peu mainstream et donc (?), un peu has been qui, au bout de quelques années, finit par devenir ce sport que seuls tes potes à chemisettes à fleurs, vans Adder et baggy ramasse crottes pratiquaient au skatepark du coin. Ces mêmes potes qui écoutaient encore les artistes sus-nommés en 2005.

ALLEZ, c’est CADEAU

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-Retour en grâce

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Malgré tout, il semblerait que depuis, en gros, 3 ou 4 ans, le skateboard fasse enfin un comeback solide et crédible. Et ça, on le doit à plusieurs facteurs que je vais essayer de décortiquer.

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a) Tout d’abord, élément primordial dans notre monde actuel : LE MARKETING. Eh oui, ça fait bien longtemps que plus rien n’échappe aux lois impitoyables du marketing et de la communication.On a essayé de redonner ses lettres de noblesse underground à ce sport qui, accordons-nous bien là-dessus, devrait le rester. Car c’est dans ce cadre qu’il s’épanouit le mieux. Comment ? En bichonnant sa communication. Chaque crew a, bien évidemment, pris ses responsabilités dans ce domaine-là et même si, n’exagérons rien, elle n’a pas totalement disparu, la foire à la vente de tout et surtout n’importe quoi s’est un peu calmée.De manière générale, c’est d’ailleurs toute la street culture qui a pris un tournant et une envergure intéressants au cours des dernières années, s’imposant comme un courant qui compte, plutôt réservé à une élite d’initiés, qu’on pourrait d’ailleurs assimiler, en gros, aux hipsters (encore eux), se vendant chez Colette ou s’exposant à La Gaïté Lyrique, pour ne citer qu’eux. Etant un des sports emblématiques de la street culture, il était donc assez logique que le skateboard bénéficie de ce revirement de situation.

Mais les médias n’y sont pas pour rien non plus. En effet, en proposant une approche plus pointue et plus « artistique », ils ont pas mal contribué à redorer le blason de la discipline auprès du grand public. On ne compte plus le nombre de magazines qui nous présentent des photos noir&blanc sur papier glacé de skaters en train de rentrer des tricks où les vidéos arty qui circulent sur le web. Par ailleurs, on peut aussi parler de la presse spécialisée « historique », à l’instar du célèbre magazine américain Thrasher, qui propose désormais beaucoup de contenu fouillé sur son site (reportages, photos, etc) ou encore Vice qui nous fait découvrir, avec sa série Epicly Later’d, les coulisses de ce milieu à travers les parcours perso et professionnels de skaters ou crews triés sur le volet.

b) Autre signe du retour de la popularité de la discipline, les marques premium commencent à s’y intéresser de plus en plus. En effet, jusqu’à très récemment, les représentations du skate dans la publicité et, plus généralement, les opérations de co-branding et d’autres endorsment se limitaient à des marchés historiques et assez évidents comme les boissons énergétiques, la nourriture en général, le sports(et street)wear, etc. Mais maintenant, il n’est plus rare de voir des marques comme Hermès ou Mercedes s’intéresser au skate.

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- En réalité, on peut constater que l’image de ce sport a lentement évolué vers l’âge adulte, avec tout ce que cela peut impliquer en termes de représentations : on délaisse un peu le cliché de l’ado à mèche en colère contre le système (enfin, ses parents, quoi…) au profit de jeunes hommes de 25-30 ans, plus posés, plus appliqués et qui incarnent l’aspect esthétique et les valeurs d’excellence et de rigueur du skateboard. Eh oui, c’est à force d’acharnement (de blessures, de planches cassées…) qu’on rentre des tricks !

c) Enfin, il me semble indispensable de parler de la véritable mise en avant de toutes les facettes de la culture skate et surtout de la reconnaissance dont cette culture bénéficie aujourd’hui. En effet, une autre spécificité de ce sport c’est toute la diversité culturelle qu’il draine. Par exemple, pour revenir à la Gaïté Lyrique évoquée un peu plus haut, le fait qu’une exposition telle que Public Domaine (dont le nom est directement inspiré de la vidéo Public Domain des Bones Brigade, NDLR) y ait été montée prouve bien que le skate fait désormais partie du patrimoine culturel à part entière.Et avec le temps, « on » s’est rendu compte que finalement, le skater n’était pas qu’un voyou issu des bas-fonds de l’Amérique mais qu’il pouvait aussi être sensible et surtout qu’il avait un cerveau ! Et ça tombe plutôt bien car il y a énormément de domaines artistiques auxquels le skateboard apporte sa pierre à l’édifice, à commencer par la musique. Depuis toujours, il existe des liens extrêmement étroits entre ces deux domaines. Que ce soient des skaters qui se mettent à pousser la chansonnette (Tommy Guerrero, Duane Peters, Mike Vallely…), des musiciens qui soient influencés par le skateboard (de Dinosaur Jr aux tout jeunes FIDLAR) ou Stacy Perralta qui y mette encore du sien en élevant un petit génie du piano (malheureusement décédé récemment), la musique est présente partout, motivant les skaters, illustrant les vidéos des crews, etc.

Deux autres formes d’expression artistiques sont également intimement liées au skateboard : la photographie et la vidéo (que ce soit le cinéma ou la réalisation de projets plus modestes) : ce sport ayant un aspect esthétique indéniable et accordant une importance cruciale à la technicité, les arts visuels en sont des alliés précieux. Au-delà des nombreux photographes/ vidéastes qui accompagnent les skaters,parmi les légendes du skate, certains se sont reconvertis avec succès dans la photographie comme Ed Templeton ou plus récemment, Arto Saari. Côté vidéo/ cinéma, comment ne pas parler de Spike Jonze, Larry Clark et bien sûr de Perralta ?

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Arto Saari par Ed Templeton

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-Mais l’art visuel s’exprime aussi à travers d’autres formes, que ce soit le design de planches (dans ce domaine,on peut citer les noms célèbres de Jim Philipps, Chris Miller…) ou la peinture/ le dessin puisque, par exemple, Mark Gonzales, Ed Templeton ou encore Lance Mountain y excellent depuis des années. Il y a enfin, quelques petites « incartades » plus surprenantes comme dans le cas d’Anthony Pappalardo qui, quand il ne skate pas et n’écrit pas pour Vice, fabrique et vend des tables basses en bois dans son garage…

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oeuvre de Mark Gonzales – exposition South West

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Voilà donc, selon moi, les principales des innombrables raisons qui font que le skateboard a pris, au court de ces dernières années, une place de plus en plus importante dans notre société. Ce n’est peut-être qu’une tendance éphémère simplement liée au goût prononcé du grand public pour les cultures underground et qui pourrait peut-être, à terme, mettre l’image de ce sport de nouveau en danger. En effet, il est de plus en plus fréquent de croiser des petits groupes de (presque) trentenaires, petit cruiser rutilant sous le bras parce que le fixie c’est so 2011/2012 et que la planche est quand même un super compromis hype/ style/ écolo. Et puis on commence aussi à observer des dérives fashion absurdes de ce genre qui peuvent vous donner envie de pleurer (voire pleurer de rire). Bref, je pense qu’il faut que le milieu garde au maximum la main sur l’image du skateboard, qu’il continue à nous montrer tout ce qu’il peut apporter en termes de richesse et d’exploration culturelle et comme dirait ma mamie, « roulez jeunesse »!

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Alo ui cer #mariagepourtous : entretien avec Gaëtan Duchateau et Florent Guerlain, auteurs du Dernier inventaire http://www.lesarchivistes.net/mariage-pour-tous-gaetan-duchateau-florent-guerlain/ http://www.lesarchivistes.net/mariage-pour-tous-gaetan-duchateau-florent-guerlain/#comments Tue, 15 Jan 2013 08:10:22 +0000 Neil http://www.lesarchivistes.net/?p=6501

Depuis l’automne 2012, l’engagement n° 31 du programme présidentiel de François Hollande déchire la France. Le mariage et l’adoption pour les couples homosexuels, malgré une opinion publique favorable, squattent les Unes et les déclarations fracassantes s’accumulent dans les deux camps. Florent Guerlain et Gaëtan Duchateau sont les auteurs du Dernier Inventaire Avant Le Mariage Pour Tous. Dans cet ouvrage original et très bien documenté paru le 14 novembre 2012, ils tentent de faire le point sur la situation politique, légale, culturelle, sociale des homosexuels en France et dans le monde, non sans humour. Ils sont venus faire le point avec nous sur le débat, ses parties prenantes et ses enjeux.

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Pour des raisons évidentes, tout commentaire insultant sera supprimé.

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Les Archivistes : Pouvez-vous nous parler de votre parcours et de ce qui vous a amené à écrire Dernier Inventaire Avant Le Mariage Pour Tous ?

Gaëtan Duchateau et Florent Guerlain : Nous avons créé Datagif, un studio de conseil et de création en 2010, après avoir travaillé tous les deux dans la même agence de communication. Florent est directeur artistique tandis que Gaëtan est consultant web.

L’origine de ce livre n’a en fait rien à voir avec notre activité au quotidien. Au mois de juin 2012 nous avons commencé à discuter entre nous du sujet, pensant qu’il y avait de la matière pour créer quelques pages autopubliées et surtout informer sur les enjeux du débat. En effet, les sondages commençaient à être de plus en plus nombreux, mais aussi les dérapages de personnalités politiques. Et le public semblait un peu loin du sujet, nous voulions donc apporter un éclairage complémentaire en s’appuyant sur des études, données, cartes, faits… En en discutant avec une éditrice chez Stock, cette idée est devenue un projet de livre assez rapidement, la maison étant emballée par le sujet et la forme que nous voulions lui donner. Et le 14 novembre sortait le Dernier inventaire avant le mariage pour tous.

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L.A. : Etre contre le mariage pour tous, est-ce être homophobe ?

G.D. : Je pense que même si les gens vont dire « je ne suis pas homophobe, mais… », ils ressemblent à Coluche qui faisait des blagues avec « je ne suis pas raciste, mais… ». Quant à ceux qui évoquent le fait qu’ils sont contre le mariage tout court, à mon avis ils n’ont pas compris les enjeux du débat.

F.G. : Ça dépend de la définition qu’on se fait de l’homophobie. Mais je trouve ça d’une violence extrême d’être contre le mariage car c’est refuser l’égalité à un autre individu qui ne peut pas avoir accès aux mêmes droits que toi alors que ça ne t’enlève pas de droits. On ne peut pas être contre en version « light ». Il y a aussi des chiffres hallucinants : 82% des gens qui se déclarent contre le mariage pour personnes de même sexe assisteraient au mariage de leur enfant si celui-ci était homosexuel. C’est à la fois absurde et très positif ! Cela veut dire que ces gens-là, une fois la proposition votée, vont être pour le mariage, comme aujourd’hui, une grande majorité d’anti-Pacs défendent les acquis qui y sont liés.

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L.A. : Quels sont les arguments les plus récurrents de ceux qui s’opposent au mariage homosexuel ?

G.D. :  Pour ceux qui s’intéressent aux « fondements de la société » ce type de changement va tout dérégler, nous n’aurons plus de repères… Pour citer Christine Boutin, ça amènerait à un « déclin de la civilisation ». Concrètement, ces personnes ne se rendent pas vraiment compte qu’elles n’ont aucune idée de ce qui va réellement se passer. « Déclin de la civilisation », c’est un peu hardcore, ça veut dire pour eux que tous les enfants vont devenir homosexuels et qu’il n’y aura plus de renouvellement générationnel, que l’humanité court à la catastrophe. Pour remettre les choses en perspective, c’est le type d’argument qu’on entendait aux Etats-Unis lors du vote du mariage mixte en 1967.

L’idéologie politique quant à elle a subi un mouvement de translation vers le religieux, comme quoi le fondement du mariage, c’est un père, une mère et créer une famille. Ceux qui utilisent ses arguments disent que le seul but du mariage c’est de créer la famille nucléaire telle qu’on la connaît : un papa, une maman, les enfants.

F.G. : Ah non, on dit « un père » et « une mère ». « Un papa, une maman » fait partie du langage des anti (ndr : opposants à la proposition de loi concernée), c’est une déformation pour attendrir, infantiliser.

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L.A. : Ce vocabulaire fait-il référence à la notion biologique du parent ou à sa figure symbolique ?

G.D. : Leur point est de défendre la parenté biologique. C’est très violent pour les presque 2 millions d’enfants qui vivent dans des familles monoparentales, sans compter les enfants adoptés… Et lorsqu’on avance des contre-arguments, ils disent que l’adoption n’es pas la meilleure des solutions. Ils se mettent ainsi à dos des milliers de personnes qui n’ont pas d’autre choix. C’est très réducteur de se limiter à un père et une mère biologiques pour former une famille aujourd’hui.

Dans le livre, on a repris l’histoire du mariage et on a découvert des choses très surprenantes, comme l’arrivée relativement tardive du catholicisme dans l’institution du mariage. Le mariage tel qu’on le connaît aujourd’hui, est la succession de plein de chambardements. Dès qu’il y a eu une évolution ou un ajout civil, l’Eglise s’est positionnée contre alors que ce sont pourtant deux choses bien séparées. L’Eglise est toujours très opposée au divorce par exemple. Les fondements du mariage religieux, dans la bouche des anti, se mêle avec les fondements du mariage civil.

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L.A. : Les représentants du peuple, garants de la République, qui s’opposent au mariage pour les couples homosexuels, tiennent-ils aussi ce discours ?

G.D. : La culture judéo-chrétienne est noyée dans ce discours émotionnel. Mais une fois qu’on a passé cette étape, il y a des arguments de droit. par exemple, que le PACS suffit en l’état. Ce qui est faux. Il est totalement incomplet, il ne répond pas à ces besoins. Et surtout, il ne faut pas changer le PACS, qui bénéficie à beaucoup de gens justement parce qu’il est limité.

Il y a ensuite l’argument de la place de l’enfant. D’un point de vue juridique, faut-il théoriser l’adoption par le parent social ? etc. Nous avons rencontré les associations de parents gays et lesbiens. Il existe aujourd’hui des solutions pour adopter l’enfant du conjoint, mais les décisions de justice sont totalement arbitraires, c’est du cas par cas ! Des familles se sont retrouvées dans des situations aberrantes ou le premier enfant est adopté par le conjoint et pas le second. Légiférer permettrait de simplifier les choses, de mettre tout le monde au même niveau. Quand les anti disent que c’est suffisant, non seulement c’est faux, mais en plus c’est mal encadré. Pour résumer les arguments des anti : les mesures en place suffisent, pas besoin de faire plus, qu’ils se débrouillent, alors que les pro prônent une égalité des droits, le fait de faire avancer les choses concernant l’adoption, la filiation, l’héritage…

F.G. : Quant à la PMA, qui se retrouve repoussée dans le cadre d’un autre projet de loi, elle concerne aussi les femmes hétérosexuelles, alors pourquoi les lesbiennes sont-elles dans l’obligation d’aller en Belgique ou en Espagne, donnant naissance à ceux qu’on appelle les bébés Thalys ? Cette question devrait être abordée, elle permettrait d’aboutir à une réelle égalité pour tous.

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L.A. : Le débat fait-il du bruit pour le mariage homosexuel en lui-même ? Ou pour tous les sujets qu’il soulève (égalité, identité…) ?

G.D. : Demandons à une de ces personnes qui défilent : « si votre fils était homosexuel, ferait-il un mauvais père ? ». Je pense qu’ils ne se sont même pas posés la question. C’est un débat pour tous les citoyens, un sujet qui permet de faire reculer l’homophobie à sa manière. Si on maintient des droits différents ou impossibles à obtenir pour une partie de la population, c’est marquer des différences, là ou au contraire des droits identiques pour tout le monde permet de lisser ces différences et intégrer le concept de l’homosexualité.

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L.A. : On parle sans arrêt d’une « majorité silencieuse » chez les Français, chez les homosexuels, notamment dans l’opposition qui dit que ces gens-là ne seraient pas intéressés par le débat. Est-ce vrai ?

F.G. : 65% des français étaient favorables au mariage pour tous en 2012. Aujourd’hui c’est tombé à 60%, vu la tournure du débat et puis l’ennui. 41% des catholiques pratiquants se sont déclarés favorables. On fait un énorme zoom sur les plus tradi, les plus engagés contre. Les anti ont rassemblé toute leur base ce week-end. Alors que pour les gens qui sont pour, tout le monde ne va pas marcher, car les sondages sont favorables, on sait que la loi va passer… DU coup on a un déséquilibre, car il y a plus d’anti qui sont dans la rue alors que les pro sont majoritaires.

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L.A. : Pas mal de mensonges ont été dit pendant le débat, on peut notamment penser à la polémique « parent 1/ parent 2″, beaucoup d’acteurs non représentatifs de la population ont été mis en lumière… que pensez-vous du rôle des médias dans cette affaire ? Ont-ils joué leur rôle ?

F.G. : Evidemment, les médias pour faire sensation invitent le seul gay  anti qui serait « représentatif » à chevelure décolorée et pull rose Xavier Bongibault, ils ont ressorti Frigide BarjotChristine Boutin ne représente personne, elle n’est plus députée, elle n’est que présidente du parti Démocrate Chrétien. On l’invite pour sa façon de parler, les énormités qu’elle dit. Une vraie anti-icône gay qui oeuvrait déjà contre le PACS il y a quatorze ans.

G.D. : Un des arguments qu’on entend, c’est que ce n’est pas un projet prioritaire et que c’est une excuse médiatique pour le gouvernement. Comme si un gouvernement travaillait sur un seul projet à la fois ! Il n’y a que le ministère de la Famille qui est concerné ici. Là ça devient médiatisé parce que ça agite un peu la société, qu’il y a eu le PACS, que les autres pays européens ont franchi le pas depuis longtemps, que la France est en retard et que du coup ça soulève des questions.

Sur le traitement de l’information, c’est dur pour une émission, un journal, d’être exhaustif car il y a énormément de paramètres et de données. On a carrément écrit un bouquin mais on aurait pu en faire dix fois plus.

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L.A. : Le 29 janvier, le projet de loi est déposé… et après ?

F.G. : Après, ça va durer des mois ! Le pacs avait duré un an, déposé en 1998, voté en 1999.

G.D. : L’opposition va s’empresser de déposer des amendements pour ralentir le projet. Pour le PACS, le record avait explosé, des milliers d’amendements qui n’avaient rien à voir avec le projet de loi… Christine Boutin avait tenu une tribune de plus de 5 heures sans s’arrêter. D’ailleurs, le règlement de l’Assemblée Nationale a été modifié pour empêcher ce genre de manoeuvre depuis. Il y avait d’ailleurs eu des débats avec des insultes, des réactions extrêmement homophobes, et c’est l’année dernière seulement que des mesures ont été prises pour lutter contre l’homophobie à l’Assemblée Nationale.

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L.A. : Si vous deviez me donner les informations à retenir sur ce débat ?

G.D. : C’est un enjeu citoyen concernant l’égalité. Ça va contribuer à lutter contre l’homophobie. L’humanité ne va pas décliner, depuis le mariage mixte on se porte tous très bien.

F.G. : Il ne faut pas que Christine Boutin désespère, elle aura toujours une carrière à poursuivre, d’autres sujets, d’autres passions pour elle. Qu’elle ne s’inquiète pas, on pense à elle.

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Gaëtan et Florent sur Twitter.

Dernier inventaire avant le mariage pour tous,Stock, 21,50€

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L’impression 3D, la surface visible d’une révolution industrielle en cours ? http://www.lesarchivistes.net/limpression-3d-la-surface-visible-dune-revolution-industrielle-en-cours/ http://www.lesarchivistes.net/limpression-3d-la-surface-visible-dune-revolution-industrielle-en-cours/#comments Wed, 09 Jan 2013 07:40:59 +0000 Dorian http://www.lesarchivistes.net/?p=6469

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Vous est il déjà arrivé, au cours du rituel déjeuner de famille,  d’aborder un sujet de société qui vous passionne terriblement et d’être confronté à l’indifférence la plus totale  de la part de vos paternels ?

Et bien c’est à peu près ce qui m’est arrivé pendant les fêtes. Lors de la traditionnelle phase de débat sur l’économie actuelle, le chômage des jeunes et autres réjouissances… j’ai eu l’insouciance de glisser mon nouveau dada technologique dans la conversation – les imprimantes 3D pour les particuliers – et de dire que ces petites bêtes pourraient bien tout changer.

Oui, c’est tout à fait mon genre de lâcher ce genre de petites bombes entre deux patates de Noël. Malheureusement, mon père n’avait pas du tout l’air du même avis. Alors, au lieu de sortir mon nunchaku sur une bande son de l’infame Skrillex, avant même d’en être au dessert et de défendre jusqu’à l’épuisement les vertus de telles machines, j’ai préféré me taire et écrire cet article. NB : Papa, si tu me lis, sache que je n’écoute pas vraiment cette musique de zouave… le trip hop c’est vachement plus ma came.

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[Disclaimer 1] Je ne suis pas ingénieur, vous excuserez donc les quelques raccourcis hasardeux qui pourraient se trouver dans cet article à mon insu et n’hésiterez pas à me corriger si le cœur vous en dit. Le point est avant tout de parler de la diffusion de cette technologie et des conséquences sur notre société. 

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• First things first : L’impression 3D, quésaco?

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L’impression 3D est un procédé d’usinage permettant de réaliser des objets à partir de fichiers en 3 dimensions conçus numériquement. On parle d’additive layer manufacturing. A l’opposé des machines-outils traditionnelles qui découpent et percent la matière première, les imprimantes 3D superposent des couches de matériaux pour fabriquer des objets.

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Cliquer ici pour voir la vidéo.

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Si le procédé existe depuis les années 80, ce n’est qu’en 1995 que le terme « impression 3D » commence à émerger véritablement lorsque des étudiants du MIT détournent une imprimante à jet d’encre pour extruder (~thermoformer) du plastique. Pour en savoir plus, je vous laisse jeter un œil à la page Wikipedia qui va bien.

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Traditionnellement, les imprimantes 3D sont des machines très volumineuses et horriblement couteuses que l’on trouve dans l’industrie de pointe. Elles permettent l’usinage de pièces à l’unité avec grande précision notamment dans l’aéronautique (Airbus A380 et ses composants imprimés), l’automobile (Audi) et le secteur médical (chirurgie reconstructrice) où le sur-mesure est clef.

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Cette technologie a également été adoptée à des fins de prototypage rapide pour l’industrie, les cabinets d’architectes ou les grands noms du design. Mais aujourd’hui, notamment grâce à la RepRap, projet open source ayant débuté en 2005, ces machines se sont démocratisées et ont engendré une génération d’imprimantes 3D accessibles au commun des mortels (enfin, pour l’instant, surtout aux bidouilleurs passionnés). C’est notamment le cas des machines vendues par la startup newyorkaise MakerBot® figure emblématique du secteur des imprimantes 3D dites de bureau et dont les premiers modèles d’imprimantes reposaient sur la technologie du projet RepRap.

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L’objectif de ce projet britannique a été de créer une imprimante capable de se reproduire (oui vous avez bien lu) afin qu’un possesseur d’une telle machine puisse en imprimer une autre pour son voisin et ainsi de suite. Aujourd’hui les RepRap sont capables de fabriquer plus de 50% des pièces nécessaires à leur propre construction et des recherches sont en cours pour permettre à ces imprimantes de fabriquer leurs circuits imprimés elles-mêmes. Les membres de la communauté RepRap sont invités à trafiquer leurs imprimantes et à partager les résultats de leurs expériences afin de faire avancer la technologie. L’un des intérêts de ce projet de hacker/bricoleur est qu’il permet de diffuser à bas coûts des machines-outils qui pourront servir à fabriquer toutes sortes d’objets nécessitant habituellement d’importantes infrastructures. Ce type d’initiative peut notamment permettre d’accélérer le développement de zones rurales dans les pays émergents et ce avec des investissements très faibles et une diffusion quasi virale.

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Plus sur la RepRap sur ce wiki

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Parallèlement au développement du hardware, un certain nombre de logiciels et plateformes permettent d’obtenir des fichiers 3D imprimables et ont participé à l’essor de la technologie. On pense notamment à Solidworks (pour les mecs serieux) mais aussi, et surtout, aux plateformes qui permettent aux novices de récupérer et/ou de customiser des designs simplement dans le cloud. Parmi ces sites, ThingiverseShapeways ou la plateforme du français Sculpteo sont des incontournables… et pour ceux qui n’ont pas d’imprimante chez eux, il est toujours possible de commander l’objet usiné sur-mesure.

 

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Pour le plaisir, l’annonce de l’arrivée du Replicator2 :

Cliquer ici pour voir la vidéo.

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Actuellement, les imprimantes 3D personnelles s’achètent entre 400$ (Printrbot Jr) et 2200$ (Makerbot Replicator2™) et sont capables de réaliser des objets jusqu’à un volume de près de 7000cm3… tout ça sur votre bureau et avec une interface simple. A titre indicatif, la recharge d’1kg de PLA (plastique couramment utilisé par ces imprimantes) coûte dans les 40$ et permet de réaliser, par exemple, environ 390 pièces d’échec (soit 11c / pièce).  Intéressant non ?

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Les détracteurs de la technologie invoquent souvent, à tort, le manque de materiaux utilisables. Certes, si les « particuliers novices » n’ont encore que la possibilité d’imprimer des objets en plastique / silicone (PLA / ABS / PVA) il est important de noter que certaines imprimantes RepRap impriment déjà en céramique.  Les imprimantes professionnelles, quant à elles, peuvent utiliser jusqu’à 200 matériaux différents dont notamment le métal (cf les entreprises Arcam ou EOS), le titane, le plâtre, la résine… et même un tout nouveau plastique mou, comparable à du caoutchouc : L’elastoplastic .

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L’infographie qui résume tout, c’est par ici

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Enfin, last but not least, le principe de fabrication sur lequel repose l’impression 3D est intéressant pour une raison encore relativement peu développée par les médias : l’écologie. En effet, contrairement aux machines outils qui découpent et percent la matière première pour former un objet (et qui génèrent donc, par définition, des déchets), les imprimantes 3D utilisent strictement la matière nécessaire pour former les strates de ce dernier = pas de gaspillage.

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• Un contexte propice

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Comme pour toute avancée technologique, le succès d’une innovation repose bien souvent sur le contexte dans lequel elle se développe… et il semble que nous soyons à la période idéale pour que celle-ci ait enfin un impact de grande ampleur. Voici pourquoi j’en suis persuadé :

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1. Les préoccupations écologiques sont, plus que jamais, au centre de toutes les discussions. Par ailleurs, l’outsourcing et la délocalisation commencent à montrer leurs limites.

> Les imprimantes 3D permettent de faire du rapid-manufacturing localement et donc de réduire les émissions de CO2 et les coûts dus au transport ainsi que le temps de livraison.

> L’impression 3D limite le gaspillage de matières premières et son couplage avec les nouveaux modes de recyclage à petite échelle (comme la Polyfloss Factory) devraient permettre d’offrir de nouvelles possibilités d’upcycling de qualité.

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2. Les technologies de conception assistée par ordinateur sont de plus en plus précises et commencent à se démocratiser et Internet offre un marché mondial à ceux qui s’y essaient.

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3. La nouvelle génération (post-génération Y) qui se forme semble être une génération de « Makers » (/builders/tinkerers/fixers…). La culture grandissante du DIY ainsi que la starification des entrepreneurs et des hackers en tous genres (je pense notamment à The Social Network ou plus simplement aux couvertures de magazines où les entrepreneurs sont présentés comme des rockstars – Wired / Fast Company et autres…) est en train de créer un terreau pour une nouvelle sorte de travailleurs pour qui le design est cardinal et la création/innovation est primordiale.

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4. Le consommateur recherche de plus en plus des entreprises dont la value proposition est capable de s’adapter à ses besoins et ses envies.

 

Par ailleurs, pléthore de startups émergent progressivement et proposent des produits complémentaires à la fabrication par impression 3D. On pense notamment à Arduino et ses circuits imprimés DIY, raspberry Pi et son ordinateur/carte mère à £25, les logiciels plus ou moins gratuits de création 3D (Sketchup en tête de file), le détournement de la Kinect en scanner 3D

Tous ces éléments semblent contribuer à la construction d’un nouvel écosystème industriel autour de l’impression 3D.

 

• Des signaux faibles qui confirment la tendance

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[Disclaimer 2] Ce paragraphe s’adresse plus particulièrement aux sceptiques, comme mon père par exemple, qui n’auraient pas été convaincus par les éléments rassemblés jusqu’ici.

 

Avant de conclure sur le sort de l’impression 3D et son potentiel disruptif, il est important d’essayer de repérer si des signaux faibles pointant dans cette direction ont été émis par des acteurs d’importance. Et… il s’avère justement que 3 types d’acteurs ont pris le sujet à cœur :

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Un Etat : La Chine

D’après une dépêche de China Business News reprenant une déclaration du gouvernement le mois dernier : La Chine, aujourd’hui principal pays manufacturier dans le monde, aurait fait de l’impression 3D un des axes prioritaires de croissance de la nation.

« Additionnal manufacturing technique will enable manufacturers to shorten product cycle, better meet individual needs and easily cope with the production of complex or large-scale components. There is much to be done for domestic researchers » Ministre du Commerce Chinois

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Un collectif criminel : PirateBay

PirateBay propose depuis début 2012 une section « d’objets piratés » et imprimables avec des imprimantes 3D. Avec l’arrivée de scanners 3D accessibles et les nombreuses initiatives de scanners DIY, le site est probablement en train de se préparer à devenir un Napster de l’objet.

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Une multinationale : Staples

Staples, le géant des fournitures et mobilier de bureau compte ouvrir ce mois-ci un service d’impression 3D pour ces clients dans quelques uns de ces points de vente.

 

Récapitulons !

Nous avons donc:

-       une technologie qui change notre procédé et notre processus de création d’objets

-       un glissement vers de nouveaux acteurs industriels

-       un écosystème qui s’est constitué autour de ce nouveau paradigme

-       des besoins qui correspondent

-       3 différents types d’acteurs d’influence colossale qui se préparent ouvertement à la nouvelle donne

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Papa… j’ai l’impression que nous avons là une révolution industrielle qui pointe le bout de son nez ! Et puis après tout, si même Chris Anderson a quitté son poste de rédac chef de Wired US pour écrire Makers : The New Industrial Revolution, c’est probablement pas pour un avorton technologique… si ?

Chris Anderson, auteur de « Makers : The New Industrial Revolution » – vu par Chris Floyd

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Sur ce, je vous laisse méditer sur fond de soupe mainstream premier cru où vous pourrez admirer une Makerbot imprimer la bouille de Will.I.Am avec une Britney B*tch auto-tunée dont vous me direz des nouvelles !

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Cliquer ici pour voir la vidéo.

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PS : Si, comme mon père, vous trouvez que les imprimantes 3D c’est nul quand même et que de toutes façons ça ne va rien changer, vous pouvez toujours m’envoyer un caillou par voie postale ou bien me signifier votre désaccord en commentaire. C’est toujours un plaisir.

 

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Peut-on encore se perdre sur le web ? http://www.lesarchivistes.net/peut-on-encore-se-perdre-sur-le-web/ http://www.lesarchivistes.net/peut-on-encore-se-perdre-sur-le-web/#comments Wed, 12 Dec 2012 07:40:54 +0000 Sylvain http://www.lesarchivistes.net/?p=6452

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Studio 404 est l’émission consacrée à la société numérique. Cinq chroniqueurs, Lâm Hua, Daz, Mélissa Bounoua, Sylvain Paley et Fibre Tigre abordent mensuellement plusieurs thèmes d’actualité dans une ambiance bonne enfant qui n’empêche pas un certain professionnalisme. Dans l’édition du mois de décembre, Sylvain aborde la fin de la flânerie sur le web : web social, recommandations, targeting et algorithmes ont-ils tué l’esprit de la curiosité sur écran ? N’y a-t-il plus de place pour le hasard sur Internet ?

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Je vais commencer par une simple question : est-ce que vous vous rappelez du web ? Est ce que vous vous souvenez quand on surfait ?

Quand on se laissait porter par la vague du flux d’information, quand le web, finalement, n’était pas social ?
Eh oui internet dans les années 2000, ce n’était pas que le bruit caractéristique d’un modem 56k, c’était aussi une forme de solitude, d’expérience intime. Il y avait d’ailleurs une certaine poésie dans cette lenteur, nous inventions une nouvelle activité de contemplation : « faire de l’ordi ».

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Une fois branchés, nous étions les explorateurs d’un nouveau monde. Sur quoi est-ce que nous double-cliquions ? Sur Internet Explorer, sur Netscape Navigator, il y avait un méta-moteur de recherche qui s’appelait Copernic…

La connexion nous foutait une boule au ventre, une sorte de mal de mer : tout etait à portée de clic. Que chercher ? Que regarder ? Il y a tellement de choses, qu’importe : promenons-nous, défrichons , flânons !
Voilà ce que nous étions : des flâneurs, des cyber-flâneurs même. Tel Newton sous son arbre, une grande partie de nos découvertes était le fruit du hasard.

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C’est en cherchant pour ma chère mère comment faire pousser des tomates en intérieur que je tombais sur le site internet d’un représentant de la culture hydroponique. Au fil des liens j’apprenais à rouler mon premier pétard. Cela s’appelle la sérendipité : lorsqu’on trouve ce que l’on ne cherche pas.

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Alors que s’est il passé ? Qu’avez-vous fait, Mr Zuckerberg, qu’avez-vous fait Messieurs Brin et Page, qu’avez-vous fait à la poésie ?

Le champ des possibles a été réduit par les smartphones et les applications : nous nous connectons désormais avec, en tête, un objectif bien précis. Alors que nous reste-il : Les réseaux sociaux ? Ces plateformes qui veulent notre bien à condition que l’on joue notre rôle d’homme sandwich 2.0 ?

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Imaginez.

2020, Bienvenue sur un internet dans l’internet, bienvenue sur Facebook. Tout le contenu que vous avez appris à consommer ces 20 dernières années est aggrégé, édité, préparé, personnalisé et diffusé sur VOTRE internet. Vous n’avez plus besoin d’aller voir ailleurs.
Vos cookies et informations personnelles nous permettent de vous délivrer une expérience sur mesure. L’anonymat n’existe plus, d’ailleurs tout l’internet vous connait puisque tout l’internet est social, toutes vos actions sont partagées. Mais comprenez : c’est pour votre bien tout ça, vous ne voudriez tout de même pas que l’on vous propose des publicités qui ne ciblent pas vos besoins ? Ce serait idiot, avouez.

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Cette vision du futur, internaute, si tu ne prends pas garde, est tout a fait possible. Alors j’en appelle à ton bon sens : fais donc fi des contraintes que t’imposent des entreprises qui rêvent d’avoir des precogs pour prédir tes mouvements, libère toi de ces réseaux qui font du targeting, du retargeting et du Real Time Bidding pour décider à ta place quelle doit être ton expérience du web. Ne tombe pas dans la facilité comme on tombe du côté obscur de la force : délogue toi dès que tu le peux, ne donne tes informations personnelles que lorsque c’est vraiment nécéssaire, efface tes cookies régulièrement… Et surtout, surtout : n’hésite pas à flâner sans but, car ainsi, tu trouveras sans chercher.

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Sylvain sur Twitter

Studio 404 : SoundcloudSkyblogFacebookTwitter

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Fricote #9: Quand les chefs sortent de la cuisine http://www.lesarchivistes.net/fricote-9-quand-les-chefs-sortent-de-la-cuisine/ http://www.lesarchivistes.net/fricote-9-quand-les-chefs-sortent-de-la-cuisine/#comments Thu, 15 Nov 2012 07:45:43 +0000 Dorian http://www.lesarchivistes.net/?p=6423

 

Yannick Alléno, Thierry Marx, Cyril Lignac, Jean-François Piège et Pierre Hermé sont tous des chefs bien connus des français. Et pour cause ! Ils sont devenus des stars du petit écran, des librairies et parfois même de la vie de tous les jours… Essayons de comprendre pourquoi ces stars des fourneaux sont devenues des marques à part entière et en quoi leur carrière ressemble de plus en plus à celle des grands designers.

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Depuis le boom des émissions culinaires sur les chaînes hertziennes françaises (audience moyenne de MasterChef et TopChef : respectivement 5  et 3,7millions de téléspectateurs), les grands chefs sont devenus des personnages publics et leur aura dépasse les cuisines des restaurants gastronomiques. En effet, au delà de leurs apparitions sur M6 et TF1,  ces chefs mettent en scène leurs univers dans des publications spécialisées (Y-A-M, Marabout Cuisine, Hachette Cuisine…), ils participent aux ouvertures d’hôtels/restaurants/bars/shops (et pas uniquement les leurs) et, plus récemment, on a même pu les retrouver acteurs d’opérations de street-marketing (on pense notamment à la récente opération Badoit x Thierry Marx x RER).

Cliquer ici pour voir la vidéo.

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Cette hyperactivité est probablement le résultat d’une demande croissante de la part des entreprises mais aussi d’un besoin pour les chefs.

En effet, le secteur de la food étant par nature universel, la nouvelle notoriété des chefs et leur capital sympathie en font des ambassadeurs de choix pour une variété d’entreprises de l’agroalimentaire mais aussi de l’hôtellerie, du luxe ou du design. Que ce soit comme icône publicitaire ou pour des collaborations, associer l’image d’un grand chef  à celle de son entreprise est toujours du meilleur effet…

 

 

Mais surtout, les chefs doivent se transformer en marque et chercher un maximum d’exposition médiatique s’ils veulent pouvoir garantir la pérennité de leur affaire. En effet, en cuisine, inutile de chercher à protéger ses recettes puisqu’un dosage différent d’un milligramme suffit à constituer une nouvelle recette à part entière et que le secret n’est souvent pas une solution envisageable, étant donné le niveau de rotation du personnel en cuisine. Ils doivent donc trouver d’autres méthodes pour se démarquer de leurs concurrents que leurs « plats signature ». C’est alors que la notoriété du nom, l’atmosphère, le design des lieux, l’association avec des grandes marques ou des grands noms du design deviennent des éléments de la plus haute importance et permettent de constituer une plateforme de marque inimitable.

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Enfin, les chefs s’attaquent dorénavant à la question de l’innovation. La restauration étant un secteur fortement concurrentiel où  les effets de mode sont importants, la capacité de ceux-ci à savoir se réinventer sur la durée est vitale. Ainsi, laboratoires de conception et centres de recherche sont les nouveaux centres névralgiques de la gastronomie. Chez Pierre Hermé, on parle de laboratoire de haute pâtisserie sur mesure ; Thierry Marx fait de la recherche & innovation et Ferran Adrià, le célébrissime chef du restaurant ElBulli quitte sa cuisine en 2011 pour lancer sa fondation pour l’innovation et monter la Bullipedia, un Wikipédia de la cuisine financé par le géant espagnol Telefónica…
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Ferran Adrià – Photo: Wired UK

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Comme les designers sont sortis de leurs ateliers pour réinventer notre quotidien, les grands chefs sortent de leur cuisine pour inventer la gastronomie de demain.  L’émergence de  la neurogastronomie, plébiscitée par de nombreux jeunes chefs nous laisse entrevoir un nouvel horizon culinaire qui met le meilleur de la science au service de la cuisine.

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Illustration par NRDWNC

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Vie et mort d’une start-up : entretien avec Tristan Nicolas de Ben & Fakto http://www.lesarchivistes.net/vie-mort-start-up-entretien-tristan-nicolas-ben-fakto/ http://www.lesarchivistes.net/vie-mort-start-up-entretien-tristan-nicolas-ben-fakto/#comments Mon, 12 Nov 2012 09:00:13 +0000 Neil http://www.lesarchivistes.net/?p=6382

La fin d’une start-up est toujours triste. Ces jeunes entreprises innovantes, sont un sursaut, une envie. On discute, on s’emballe, on identifie un problème ou un besoin et on décide d’aller changer le monde. Souvent, elles sont créées par de petites équipes de co-fondateurs très soudés voire amis. On prototype, fait une alpha, une beta, rédige son business plan, pivote, re-pivote, rencontre d’autres entrepreneurs, journalistes, investisseurs. On veut recruter. On veut lever des fonds. « Sky is the limit ». Mais parfois, le sort, la conjoncture ou une combinaison de facteurs, dépendants ou non de notre volonté font que l’aventure s’arrête plus tôt que prévue. Tout cela, Tristan Nicolas, co-fondateur de Ben&Fakto, e-shop de marques éthiques et made in France qui vient de fermer ses portes, l’a vécu.

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Les Archivistes : Peux-tu expliquer le projet initial de Ben & Fakto ? Qu’avez-vous voulu créer et pourquoi ?

Tristan Nicolas : Concrètement, nous avons voulu créer une boutique en ligne qui donnerait un nouveau sens à l’achat vestimentaire. Ré-enchanter la mode éthique en sélectionnant des marques qui ont une démarche que nous avions identifiée comme positive envers la société et/ou l’environnement avec une vraie recherche du style ; donner un nouveau sens via le financement de projets de petits entrepreneurs via du micro-crédit.

Pour certains entrepreneurs, il s’agit de vouloir changer le monde. Cela part d’une frustration : on aurait envie que les choses se fassent différemment ; on aurait envie d’un produit qui n’existe pas ; on voit quelque chose qui semble cassé, mal fonctionner et on devient obsédé à l’idée de le changer. Cela peut se faire de façon très différente , comme créer  un produit qui va améliorer le quotidien des utilisateurs. Pour nous, c’était participer à améliorer l’industrie de la mode. C’est une réflexion qui était celle de Kevin et dans laquelle Harold (ndj : respectivement, Straszburger et Pognonec, co-fondateurs de Ben&Fakto) et moi nous nous sommes retrouvés. J’ai d’abord vu le projet grandir dans le salon de notre appartement à Lille, avant de décider de les rejoindre de façon progressive.

Entreprendre, c’est un projet de vie, une aventure en soi, et c’est aussi de ça que nous avions envie. Nous étions à la recherche de liberté. Nous croyons profondément que nous devons chacun prendre notre destin en main pour faire la différence. Quand on travaille pour une grande entreprise, il y a des choses qu’on ne peut pas changer, l’organisation est statique.

Il y a aussi l’envie de créer son entreprise idéale. Celle où nous – et d’autres – aurions envie d’aller travailler le matin. La culture d’entreprise est quelque chose de très important, cela va bien au-delà de l’ambiance mais c’est l’état d’esprit de l’entreprise qui nous importait.

Toute cette réflexion est en grande partie inconsciente.  Il est difficile de savoir ce que l’on désire et davantage de partager et expliquer ses propres envies pour s’assurer que tous partagent bien les mêmes. Plus on est en amont de la création d’une entreprise, plus nos choix se font en fonction de ce dont on a envie. Quand l’entreprise est établie et a une activité qui fonctionne, qu’il y a des actifs engagés, on commence à prendre toutes les décisions de façon rationnelle en regardant ce qui est le mieux pour la boîte, mais au début, on fait vraiment ce que l’on veut.

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L.A. : Dans ce que vous avez pu réaliser en un an et demi, qu’est-ce qui a bien marché selon toi ?

T.N. : Ce serait un peu arrogant de dire ce qui a bien marché d’autant que nous avons arrêté trop tôt pour dire ce qui a vraiment fonctionné. Je vais dire qu’un certain nombre de choses partait bien. Nous avions des clients, le CA connaissait une bonne croissance (en respectant les variations attendues du e-commerce), nous avions de bonnes relations avec nos partenaires, la presse s’intéressait un peu à nous.

Parution sur le site L’Officiel le 12 décembre 2011

Ce qui a marché, c’est aussi l’équipe, nous avions trouvé des gens formidables, que ce soit en interne ou en externe. Pour moi, réussir à avoir des gens qui travaillent très bien ensemble et prennent plaisir à créer en équipe, c’est une très grande satisfaction. Les jeunes entreprises manquent de moyens et emploient donc des gens au statut très précaire (stagiaires, freelance, alternance, etc…). Réussir à monter une équipe qui fonctionne dans ces conditions n’est pas facile.

Je suis fier des relations que nous avions créées avec tous ceux qui étaient touchés par l’aventure Ben & Fakto, nos clients, les marques, les start-ups « amies », etc.

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L.A. : Y a-t-il une raison précise pour laquelle cela n’a pas marché ? Qu’est-ce qui vous a décidé à arrêter l’aventure Ben & Fakto ?

T.N. :

Oui. Nous avons plusieurs erreurs très importantes en tant qu’entrepreneurs.  A cause de ces erreurs, nous nous sommes retrouvés dans des conditions qui ne nous permettaient pas de continuer.

Nous nous étions rendu compte que nos visions et notre éthique dans le travail n’étaient pas alignées, que nos motivations personnelles n’étaient pas les mêmes et pas forcément conciliables. Nous sommes avant tout des amis et tenions à le reste, mais nous savions que nous ne pouvions pas continuer ensemble. Même si je suis content de la façon dont ça s’est passé, qui nous a permis de rester très proches, ce n’est pas du tout quelque chose qu’il est facile d’admettre et encore moins de dire.

En même temps, nos situations personnelles se sont un peu dégradées. Nous ne nous versions pas de salaires, rencontrant donc certaines difficultés financières. Personnellement, j’ai eu la malchance d’être renversé à vélo par une voiture qui avait grillé un feu. L’accident n’était pas très grave, je suis aujourd’hui parfaitement remis, mais conjugué à une fatigue physique et psychologique, une période de repos était obligatoire. Aussi, nous nous étions peu préoccupés de notre statut vis-à-vis de la sécurité sociale : sans argent ni sécurité sociale, les choses deviennent plus difficiles.

De plus, les choix que nous avions fait tous les trois étaient également des concessions alors qu’il aurait fallu faire des choix plus tranchés, choisir une voie et s’y tenir plutôt que des allers-retours constants entre une vision et l’autre. Ceci avait pour conséquence une stratégie floue. Il aurait fallu une grande force pour repartir sur cette base et nous ne l’avions pas à ce moment-là, surtout en nous séparant. Il a donc fallu s’arrêter.

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L.A. : Que t’a apporté cette expérience et quel message souhaiterais-tu transmettre aujourd’hui ?

T.N. :

J’ai énormément appris. Je pense d’ailleurs que si nous n’avions pas dû traverser tout ça, j’en saurais moins aujourd’hui. Cela à plusieurs niveaux :

Sur l’entrepreneuriat, j’ai appris qu’il faut toujours agir très vite mais penser à plus long terme (long terme n’étant pas dix ans, mais au delà de 2 mois). Vous devez prendre des décisions rapidement pour vous tromper rapidement car on n’apprend jamais autant que quand on a essayé. Par contre, il ne faut pas confondre « aller vite » et « penser à court terme » (à ce titre, ces articles de Fred Wilson sont précieux).

Sur le plan personnel, je pense que c’est pareil, il faut trouver un rythme qui permette de tenir « indéfiniment », qui n’oblige pas à boire 3 redbulls et 10 cafés pour rester éveillé. Sur cet aspect, apprendre à se connaître est fondamental. Nous n’avons pas du tout les mêmes besoins : certains ont besoin de moins dormir, de prendre moins de pauses, de moins s’aérer la tête. Tant mieux pour eux, mais trouvez vos propres limites et essayez de ne pas les dépasser. J’avais fini par définir des règles assez strictes pour essayer de rester dans ces limites, mais je crois que je les dépassais toujours un peu trop.

Vous l’aurez compris, j’ai aussi retenu qu’il faut s’assurer d’avoir les mêmes envies que ses partenaires. Il est préférable de beaucoup partager, savoir précisément ce qu’on veut et pouvoir l’expliquer. C’est loin d’être évident pour tous. Il faut réellement penser à long terme et imaginer l’entreprise que vous voulez construire et vous demander si elles sont compatibles. Je crois que pour cela, il faut savoir se projeter. Entreprendre ensemble est un réel engagement.

Une chose est sûre, cette aventure m’a changé et je ne regrette rien. A 24 ans, on se cherche, on ne sait pas encore ce qu’on veut. Je me connais aujourd’hui bien mieux, sais ce dont je suis capable et ce dont j’ai envie. J’ai aussi beaucoup moins peur et je crois avoir mieux compris ce qui était important pour moi. Pour tout cela, je ne regrette pas du tout. A l’inverse, j’ai hâte de me lancer à nouveau.

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L.A. : Quelle vision as-tu du secteur sur lequel tu évoluais avec Ben&Fakto ? Quel avenir pour la mode éthique sur internet selon toi ?

T.N. : En terme de chiffre, je pense que l’avenir de la mode éthique passe par l’apparition de plus en plus en forte de ses caractéristiques chez les grandes marques.

Aujourd’hui C&A et le groupe Nike sont les deux plus gros consommateurs de coton bio, ce qui peut surprendre. Personnellement, je pense que c’est bien car cela veut dire que ces problématiques deviennent importantes pour le consommateur, qu’il y a une vraie demande et que tous les acteurs se sentent concernés. De plus seules ces grandes marques ont les moyens de réellement démocratiser ces démarches auprès du reste des consommateurs.

Par contre, cela n’empêche pas du tout à des plus petites marques d’exister, aller plus loin dans la démarche, être plus transparentes dans leur façon de fonctionner. Cela tire toujours le marché dans le bon sens. D’autant que le débat sur ce qui est éthique ou non existera toujours et l’agriculture biologique en ayant des rendements plus faibles pose problème en période de crise économique. Et il y a des consommateurs qui ont envie d’aller plus loin et de soutenir ces petites marques pour encourager le marché à aller encore plus loin.

Quant à Internet, pour moi, c’est pareil. si ces marques peuvent exister, pour la plupart, elles sont trop petites pour se distribuer toutes seules donc il y a de la place pour un distributeur.

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Vous pouvez faire un tour :

- sur le Twitter de Tristan, qui interviendra le 20 novembre à Reboot Green, la conférence sur les échecs de l’entrepreneuriat vert

- sur le site BenFakto.com, la super page Facebook qui va avec, ou le Pearltrees « Ils parlent de Ben & Fakto »

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