Vous trouvez ce titre énervant ? Et bien moi aussi. Et vous savez ce qui m’énerve encore plus ? Les « experts » digitaux qui assènent à longueur de journée que Pinterest est « the next big thing ». Alors oui, j’ai cédé, et fait un article sur Pinterest. Et en plus, je me permets de faire un titre extrêmement désagréable usant de la tournure « Bref + sujet + verbe + complément d’objet », histoire de vous foutre bien en rogne pour la journée.

Je vais essayer de faire une critique sévère, partiale, non-exhaustive de Pinterest, à la fois du côté des utilisateurs et des marques, car les professionnels du marketing et autres ninjas du digital n’ont de cesse d’échanger infographies, liens et stats en tous genres sur ce réseau, qui connaît une croissance exponentielle de son nombre d’utilisateurs. Après Formspring, Quora et autres éclairs dans le ciel des réseaux sociaux, je crois qu’on n’a jamais atteint une rapidité d’adoption et un « buzz » tels (ce bon vieux « ramdam »), pour un réseau loin de présenter une alternative à ceux que l’on utilise déjà. Alors, oui, Pinterest c’est nouveau et on en parle tout le temps, mais…

 

 

1 – On ne peut partager que des images (mais pas toutes) et des vidéos (mais pas toutes non plus).

Un peu étrange pour un réseau social, dont la valeur ajoutée est le partage.

Grand malheur pour les internautes qui lisent beaucoup sur les internets, car ils ne pourront partager leurs articles favoris.

Quant à ceux qui regardent des vidéos sur des plateformes comme Viméo ou Dailymotion, Pinterest ne les prend pas en compte. S’inscrire en sus à Chill, le pendant vidéo de ce réseau est exclu, inutile de le préciser, la valeur intrinsèque du premier devenant alors quasi nulle.

Aussi, on n’oubliera pas que la plateforme Flickr a carrément bloqué les « Pins » car ils violent les droits d’auteurs de photographies déposées sur le site qui font l’objet d’une licence déposée par des professionnels.

 

2 – Les images ne sont pas le contenu interactif par excellence.

La vidéo est reine sur le web, alors pourquoi miser avant tout sur l’image ? Pas d’interaction, pas de storytelling. Le contenu roi sur le web 2.0 (au sens strict), c’est la vidéo.

A quoi se résume le pinning ? A l’injonction « regarde les images que j’aime » ? Le lien entre utilisateurs est faible. On pourrait même dire que Pinterest n’a fait que reprendre une fonction de Facebook et l’a organisée en boards (n’est-ce pas ?). L’unique avantage resterait donc de pouvoir bookmarker dans le cloud (une expression fort chic) les images que l’on veut se garder sous le coude. Mais pourquoi alors les partager ? Un bon ZooTool ferait l’affaire.

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3- Pinterest n’est pas un réseau de conversation et d’échange.

Pinterest vient grignoter sur le terrain de Tumblr, sans avoir toutefois son charme communautaire. Le réseau de David Karp permet en effet de partager tous types de contenus : textes, photos, vidéos sur un même support, avec une URL en .tumblr.com, et le layout est largement personnalisable. On peut également y montrer ses pairs favoris. De plus, Pinterest semble fait pour les obsessionnels compulsifs, puisque « rangement » y est le maître mot, avec ses boards impersonnelles et tout à fait contre-intuitives, gâchant la simplicité de l’onglet « Pin It », à mon sens la valeur ajoutée de ce réseau.

On se retrouve alors à suivre davantage des boards que des utilisateurs. Tout est donc objectivé, les individus/utilisateurs disparaissent derrière leurs images. Mais où est donc passé le « social » ? On passera sur le peu de pragmatisme des images en miniature et l’absence de visionneuse pour passer de l’une à l’autre. Pinterest ne serait-il alors qu’une mauvaise copie de Flickr faussement social ?

Enfin, l’adoption de ce réseau est si rapide, si démocratisée, qu’on n’y retrouve pas le cycle classique d’adoption d’un produit/service. Les early adopters sont rejoints anormalement vite par la early majority, et à moins que le phénomène ne ralentisse de manière significative, la late majority ne devrait pas tarder à faire de même. Or, vous savez qu’il n’y a plus d’intérêt à être sur un réseau lorsque tout le monde y est (surtout avec un éventail aussi réduit d’interactions, et donc de comportements à adopter). Les innovators et early adopters auraient tôt fait d’aller voir ailleurs.

Pour faire exister leur contenu, les utilisateurs passent leur temps à partager sur les autres réseaux conversationnels, Facebook et Twitter, déversant un flood insupportable sur ces plateformes. Si Pinterest était réellement un réseau social, ses utilisateurs n’auraient pas besoin d’envahir les autres territoires digitaux pour manifester leur présence sur ledit site. Ceci serait justifié si Pinterest était simplement une plateforme de stock de contenu pictural, une « reposatory platform », mais qui n’aurait pas vocation à avoir une vie propre. CQFD le malaise.

 

4 – Que vont faire les marques de Pinterest ?

La question s’est posée presque immédiatement. En effet, à grands renforts d’articles de social media gurus et d’experts digitaux en carton, les marques et leurs agences se sont précipitées vers ce réseau, sans trop savoir qu’en faire, à pinner comme des petites folles, pour montrer qu’elles savent flairer la nouveauté. Et qui de Nespresso, de Monoprix, de Gap, Boucheron, Unicef, Barbie,…, de se créer un compte et de commencer à s’en servir de moodboard, ou de catalogue de fortune, enfin bref, vous l’aurez compris, ils ne savent pas trop quoi en foutre, mais c’est là, c’est gratuit et tout le monde dit que c’est top, alors pour ne pas avoir l’air trop con, on fait pareil que le voisin, du bout des doigts tout en guettant avec angoisse le premier signe de défaillance de la sensation du moment.

Inutile de rajouter que la présence quasi immédiate des marques sur Pinterest est assimilable à un grand coup dans les glaouis à une quelconque esquisse d’esprit communautaire :D

 

5 – Pinterest n’est pas novateur

L’argument de l’intérêt « technique » ou de « l’idée novatrice » est facilement balayé par la présence du réseau thefancy, qui existe depuis 2010, et permet de taguer des objets réels afin de créer une base de données d’objets numériques et de les lier à des codes-barres grâce à une application mobile (et il est dispo pour iPhone, iPad, Android).

Or, le modèle économique de Pinterest, n’est lui, toujours pas défini (un bref financement par de l’affiliation avec des sites d’e-commerce a dû lui rapporter des revenus substantiels, mais tout ceci est bien fini).

On se doute donc que les fondateurs et investisseurs auront à coeur, tôt ou tard de voir le R.O.I de ce beau projet et que le site va être monétisé d’une manière ou d’une autre, par de la pub, du freemium et abonnements ou des comptes payants pour une utilisation professionnelle, tout comme courent les rumeurs selon lesquelles Facebook ferait d’ici peu payer les marques pour leurs activités hors Facebook Advertising.

 

6 – Et le pire de tous :

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Conclusion : Alors, c’est bien ou pas ?

Franchement, je n’en sais rien. Et vous non plus.

Evidemment, avec une étude approfondie des utilisateurs de Pinterest, de leurs comportements (Qui sont-ils ? Quels sont leurs réseaux ?), je serais bien idiot de ne pas l’intégrer à une stratégie de marque pour mon client, si ses consommateurs ou prospects ont une chance d’y être présents et que le service bénéficie à la marque.

Mais aujourd’hui, avec la prolifération de réseaux sociaux, de plateformes, d’applications, quand on a Facebook, Twitter, Linkedin, Foursquare, Youtube, Flickr, Google+, Viméo, Dailymotion, Tumblr, Habbo, Instagram, WordPress, Reddit,  Ning, bebo, slideshare, digg, viadeo, Orkut, Weibo… les utilisateurs ont-ils vraiment le temps de s’intéresser aussi à un Pinterest ? La « next big thing » ne pourrait-il pas être un service qui nous fait gagner du temps plutôt qu’un énième réseau social ?

 

En attendant, ne devenons pas des charlatans qui se sentent obligés de donner des conseils sur un sujet à propos duquel nous n’avons pas la moindre idée, uniquement pour nous rassurer ou faire du clic. Le web regorge assez d’experts ninja 2.0 du marketing digital qui kiffent le buzz.

 

PS : pour ceux qui voudraient un article plus impartial, plus rigoureux avec plus de chiffres et plus d’images et plus de plus, je vous enjoindrais de consulter le très bon et très humble article de Christophe Lauer, ici.

Special thanks:

@richardvs, templier-troll des Temps modernes, @fabrice_s pour les sources et @leecaragiale qui m’a demandé ce que je pensais de Pinterest.