Etre à la fois un fashionista obsessif et un geek compulsif, voilà le dilemme auquel est confrontée une partie de la génération des digital natives. Difficile d’être à la foi au Baron pour tenter de choper sa target et sur les terres de World Of Warcraft pour récupérer une nouvelle épée. Alors Wii, certaines consoles permettent à présent de tous se retrouver autour d’un bon Mario Kart, mais il ne s’agit pas d’un challenge digne de ce nom pour le geek authentique ; après tout depuis quand doit-on prêter sa console au reste de sa famille ?

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Le magazine trimestriel Amusement propose un lifestyle bien plus crédible pour nous permettre enfin de concilier ces aspects pas si antagonistes de notre personnalité. Depuis plus de deux ans, ses rédacteurs nous offrent des articles variés autour de quatre mots clés : Videogames InteractionStyleInspiration. Vaste programme donc, et pourtant l’ensemble bénéficie d’une élégante cohérence qu’on ne retrouve pas forcément dans d’autres magazines du même ordre. Pour consacrer cette réussite, le dixième numéro fait la synthèse des meilleurs articles publiés jusqu’ici en un peu moins de 300 pages. Bien mieux qu’un best of de Michel Sardou, on se lance ici dans un magnifique voyage à travers ce qu’on appellera -par fainéantise- la « culture geek ». Que vous en soyez ou non, vous pourrez y trouver une lecture originale et pertinente des nouveaux modes de vie permis par les avancées technologiques en général.

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Un des premiers papiers qui viendra titiller les bas instincts du lecteur concerne une enquête terrain pour tenter d’approcher (sexuellement) un geek. Une véritable immersion sociologique –et on en trouve d’ailleurs de nombreuses autres- pour tenter de comprendre comment le geek se réinvente en permanence face à son environnement. Les valeurs, normes, et codes sont passés au peigne fin sans même que l’on s’en rende compte grâce à un ton toujours divertissant. On retrouve avec Amusement certains traits de notre propre personnalité derrière les gentilles caricatures ou les interviews d’artistes qui avouent leurs péchés mignons (Sébastien Tellier, Phoenix, Santigold ou encore Riad Sattou, l’auteur du film Les Beaux Gosses).

A l’inverse, aucun test de jeu n’est présent. Et pour cause, il ne s’agit pas d’un Playstation magazine ou d’un Joystick (pardonnez l’auteur pour cet anachronisme), mais bien d’une lecture des différentes dimensions qui composent la vie des digital natives. L’interview de Warren Spector (game designer de renommée mondiale) au sujet du nouveau Disney Epic Mickey est donc surtout l’occasion de découvrir sa vision du jeu vidéo et ses prédictions quant à l’avenir de ce dernier. De même, on retrouve un dossier sur Jacques Fresco (un des inventeurs les plus prolifiques du XXème siècle) dans lequel nous est livré son idéal social fondé sur la maîtrise technologique et une meilleure gestion des ressources (une utopie en parfait désaccord avec ce bon vieux Huxley).

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Enfin, au milieu de ce riche contenu, des séries modes dignes des magazines les plus pointus viennent parsemer le numéro. Sans prétention et avec une grande élégance, les photos mettent en avant les pièces des créateurs les plus talentueux du moment, de Lanvin à Vivienne Westwood en passant par Acne et Christophe Lemaire. Loin des clichés actuels de la mode, les séries prennent des thèmes frais et les traitent avec une esthétique extrêmement recherchée sans jamais tomber dans la caricature.

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Sans entrer dans le débat sur l’avenir de la presse papier, concluons qu’avec des magazines comme celui-ci il y a encore de bonnes raisons de décrocher de son écran (de temps en temps).