Que l’on soit programmateur ou clubber, cette quête nous obsède et nous échappe. L’un se creuse la tête pour trouver la recette qui rendra sa « teuf » rentable alors que l’autre navigue sur les agendas des différents spots parisiens à la recherche de la soirée qui le fera « kiffer » pour son argent. Mais alors, pourquoi cette soirée a-t-elle été meilleure que celle-là ? Les Archivistes débriefent.

Cet article n’a aucunement pour but de juger voire critiquer certains events de notre belle capitale – chacun d’eux ayant son public et comme tous les goûts sont dans la nature… L’idée est ici de faire le « point » sur l’offre en matière de clubbing, comprendre les stratégies mises en place par les bookers et essayer de voir l’impact de ces dernières sur les teufs en elles-mêmes.

On vous dira toujours que pour organiser votre soirée à Paris il vous faudra un concept en béton. FAUX. Le concept fait en réalité partie des « trucs » pouvant rendre votre soirée attrayante ; c’est un « plus » pouvant tout à fait être remplacé par une autre forme de valeur ajoutée. Certains organisateurs ne se prennent pas spécialement la tête à ce niveau là et se contentent de vous vendre des noms et des marques (gros line-up, soirées blogs, soirées marques de fringues). On se retrouve avec des soirées Ed Banger x Vice x jesuiscool.com qui jouissent alors de facilités en termes de communication (réseaux déjà bien structurés) et de notoriété (la soirée étant jugée bonne avant même d’avoir lieu).

A côté de ça, certains se lancent dans des challenges plus ambitieux en essayant de donner à leur soirées une identité, une ligne éditoriale et donc, à terme, un public propre. On nous vend en définitive des soirées alternatives regroupant des artistes scandinaves ou encore des events à la gloire de Jacques Chirac avec un dresscode adapté.

En parallèle, et ce pour toutes les soirées, le rôle du lieu dans le « succès » de l’event est plus que central. En effet, il semble difficile de bouger une bande de hipsters jusqu’à la Porte de la Villette pour une soirée psychée au Glazart, et inversement, on n’a pas besoin d’une révolution culturelle pour remplir le Social Club un vendredi soir.

On a donc vu que les trois leviers principaux pour une success-party sont : le lieux, le line-up et le concept. Mais qu’en est-il dans les faits ?

Alors ça y est, l’event Facebook est posté, les flyers imprimés et les blogs partenaires contactés ! Voyons maintenant quel peut être le succès de cette soirée.

D’un point de vue comptable, on parle souvent de la règle du 2/3. Ainsi, pour que la soirée soit bien remplie, il faut que deux de ces trois conditions soient satisfaites : un lieu branché ou bien situé, un line-up alléchant et un concept bien ficelé et novateur. Il semble donc difficile (en théorie) de rentrer dans ses frais en faisant jouer Busy P dans une salle glauque à Meudon (ndlr : ouais ouais, Meudon c’est mal situé et pas forcément sexy). De même, faire jouer des « inconnus » dans un boîte über-branchée et sans concept pour les mettre en valeur semble être un pari risqué. Même s’il ne s’agit que d’une théorie, on constate que beaucoup de programmateurs n’y prêtent aucune attention et organisent des soirées clairement déséquilibrées et, sauf communication incroyable, vouées à l’échec. Enfin, rappelons qu’un « bon concept » se doit d’être cohérent et un peu élaboré. Une soirée « Stockholm calling » se doit, par exemple, de bénéficier de visuels rappelant les chartes graphiques utilisées par les boîtes scandinaves, les artistes doivent au moins passer des sons très synthétisés aux consonances 80s et la marque WESC ne peut qu’être un partenaire privilégié. Tout ceci pour assurer le « bonheur » à la fois des organisateurs et des clubbers.

Car le succès d’une soirée ne peut être limité à l’aspect comptable. Voyons ce qui fait que, le lendemain matin, nos premiers mots sont « Punaise c’était chouette ! » (cette question ne s’adresse pas à celui qui a réussi à attirer une belle blonde jusque dans son clic-clac).

Il semble déjà intéressant d’insister sur le fait que notre propension à venir à une soirée dépend beaucoup du « mix » choisi par l’organisateur et qu’un gros line-up nous fait inconsciemment penser que la soirée est une valeur sûre en termes de « kiff ». Pour une soirée plus conceptuelle on se dira plutôt « oui pourquoi pas, je passerai peut-être » avec un idée de jugement « à venir » beaucoup plus présente.

Cependant, lorsqu’arrive le moment de juger la soirée en tant que telle, les choses ne sont plus si évidentes que cela. Car, en effet, des artistes passant du son de qualité ne suffisent pas forcément à nous faire passer un bon moment, ça peut même être le contraire. Une soirée jouant sur un line-up « stratosphérique » peut très vite devenir un calvaire à base de transpiration, de bière renversée et de bottines piétinées (C.H.I.V.E.R.S. !)… Une belle buterie à laquelle il faut être préparé et qui implique une certaine envie de sauter dans tous les sens.

A côté de ça, on a des teufs plus « calmes », plus conceptualisées et où le mot d’ordre est « chilling ». A l’image des soirées en semaine du Petit Social, les artistes sont parfois moins connus mais le public est plus curieux et à l’écoute.

Par ailleurs, la pérennité de ces deux « types » de soirées n’est pas la même. Le « taux de rebond » lors des soirées à gros line-up est assez important et il semble difficile d’organiser des « revivals » sur le même thème (sauf dans le cadre d’un festival) alors qu’une soirée plus conceptualisée a finalement plus de chances de devenir un event récurrent à moyen voire long terme.

Alors, « moins de bordel = plus de kiff » ?

Finalement, une fois que l’organisateur a trouvé la recette lui permettant de sortir « vivant » de son projet, il ne reste plus au clubber qu’à choisir la « bonne soirée au bon moment » (chaque soirée qui tient la route trouvera son public). Il y aura des déçus (et des ravis) à chaque fois et c’est avec les mauvaises expériences qu’un clubber apprend à se connaître et à faire le bon choix au moment de désigner le terrain de son night out.

Pour finir, nous avons posé quelques questions à ce sujet à un pro du clubbing :