i

Mouvement phare des années 1990 inspiré du célèbre magazine de mode, le Voguing est né quelque part dans un entrepôt de Harlem. Après avoir révolutionné son époque, le Voguing s’éteint trop tôt. Le virus du Sida est contemporain du mouvement ; issu pour la plupart du milieu gay, black ou latino, la plupart de ses figures légendaires n’y survivront pas. On pensait le Voguing prêt à tomber dans l’oubli, on commence à peine à estimer son influence. Les Archivistes vous dévoilent la tendance 2011. Pop, dip, spin. Flashback.

i

o

o

Image de prévisualisation YouTubei

A l’inverse des Etats-Unis, l’Europe n’a jamais reconnu le Voguing comme un courant majeur du vingtième siècle. Pourtant, dès 1989, le single « Deep In Vogue » de Malcolm McLaren ébranle la génération no-future à travers tous les Etats-Unis. Ils découvrent le Voguing, le cri d’espoir de ceux qui, victimes du racisme et de l’homophobie d’une société désabusée, décident de célébrer ce qu’ils sont : gays, drags, transgenres,tous issus de milieux très pauvres.

i

Image de prévisualisation YouTube

i

L’histoire du Voguing commence dans les années 1960. Il fait ses premiers adeptes dans la New York City Jail, sur la Rikers Island, puis se répand très vite à travers tout l’état de New York, d’abord sous le nom de Presentation, puis Performance. Au début des années 1970, dans des dancehalls de Harlem aménagés pour l’occasion, les premiers bals s’organisent clandestinement. A cette occasion, les premiers voguers s’affrontent dans des concours de costumes extravagants, bariolés, « flamboyants ». La plupart sont faits main, avec très peu de moyens, mais inspirés de la haute couture, de la presse de mode et par les actrices européennes. Les participants passent plusieurs mois à rassembler les tissus, accessoires, élaborer un maquillage qui, avec un peu de chance, pendant le défilé, les feront entrer dans la légende.

Aux étoffes mordorées, on coud de la fourrure, les noeuds papillons viennent habiller les tailleurs les plus extravagants. Tandis que les concurrents défilent, le MC commente au micro pour chauffer la salle. Les bals sont l’occasion d’oublier le quotidien fait de violence, de discrimination et de pauvreté. S’y rendre en costume, c’est risquer de se faire agresser. Peu importe, les voguers y retrouvent une communauté soudée, une deuxième famille.

Car dès sa naissance, le Voguing s’est organisé en houses (comprendre des « maisons », terme issu lui aussi de la haute-couture) : Chanel, Christian, Corey, Dupree, Ebony, LaWong, LeBeija, Magnifique, Ninja, Pendavis, Princess, St. Laurent ou encore Xtravaganza. Chaque house, présidée par une mother, fonctionne comme une famille. Certaines sont devenues de véritables dynasties. Pour montrer leur affiliation, la plupart de leurs membres ont abandonné leurs noms pour celui de leur house.  Une façon de remercier ceux qui les avaient accueillis. « Une house, c’est une famille pour ceux qui n’ont pas de famille » dira Pepper LaBeija, mother de la house éponyme, l’une des plus anciennes, créée en 1970 et immortalisée dans le documentaire Paris is Burning (documentaire majeur bien que controversé, réalisé par Jennie Liningston et Grand Prix du Jury au Sundance Festival de 1991).

i

i

Les voguers ont leur danse, d’abord inspirée des showgirls de Las Vegas ou des posture imposées aux modèles des grands couturiers. La danse est indissociable du costume, et sur le runway où ils défilent, les voguers sont jugés sur leur maintient, leur créativité, leur élégance. Au fil du temps, la danse se fait moins ornementale et plus technique. Elle s’enseigne et se transmet, de la mère aux enfants. Les mouvements et les poses vogues étaient nés.

Le vogue new-way (post-1990) devient peu à peu géométrique, précis, contrôlé. Plus nerveux, plus physique aussi. Le arms control (contrôle des bras) s’allie à la torsion du corps. Ces deux mouvements très reconnaissables deviennent vite l’emblème de l’esthétique vogue. Parce que le new-way est l’occasion pour les meilleurs danseurs de se différencier par leur style et leur dextérité, il devient vite la norme dans les bals. A côté, le vogue femme (pratiqué par les deux sexes) exagère la féminité des mouvements. Il est influencé par le ballet, le modern jazz et emprunte parfois sa gestuelle au striptease. Une démonstration de vogue femme comporte impérativement 5 éléments : hands, catwalk (défilé), duckwalk (défilé accroupi), dips (plongeon) et floor performances.

i

i

Tandis que l’Amérique découvre le voguing, le mouvement est associé à des couturiers comme Thierry Mugler, qui habille Willie Ninja dans le clip Deep in Vogue et pour qui celui-ci défilera plus tard. On dit que Madonna, dont le single Vogue (1990, clip réalisé par David Fincher) s’est vendu à plus de six millions d’exemplaires à travers le monde, aurait découvert le voguing en suivant certains de ses danseurs dans un dancehall. Pour Malcolm Mc Laren comme pour d’autres, cette chanson restera un pur calcul commercial de la part d’une chanteuse à mille lieues de la réalité du Voguing. Il déclarera en interview:  »Les maisons de disque refusaient de promouvoir quoi que ce soit d’ouvertement homosexuel. A cette époque, tout le monde était parano à cause du sida. On m’a interdit de faire la promo de mon disque, et du coup je me suis fait virer du label. Un an seulement après, Madonna était numéro 1 avec son titre « Vogue » qui utilisait exactement les mêmes musiciens et danseurs que j’avais produit la veille. » Toujours est-il qu’aujourd’hui, on chuchote que la Madonna de cette époque aurait inspiré d’autres jeunes artistes… dont une certaine Lady Gaga. Affaire à suivre, dans Voguing Part.2.

i

Image de prévisualisation YouTube

i

i

A suivre: Voguing Part. 2 « Do you thing on the runway » Cette année, rien n’échappera au Voguing. La preuve en images.

i